Wednesday 20 August 2008

L’Islam et la miséricorde (2/2)

Par Azzedine GACI
jeudi 3 juillet 2008

III) LA MISERICORDE

Nous l’avons déjà précisé, Dieu S’est manifesté dans Sa création à travers Ses quatre-vingt-dix-neuf Noms ou Attributs. Cependant, l’Attribut de Dieu le plus important, après celui d’« Allah », est celui de « Al-Rahmâne », c’est-à-dire Le Tout Miséricordieux qui arrive en deuxième position dans la liste des Noms divins citée en annexe.

Le Coran nous informe que Dieu a prescrit à Lui-même la miséricorde :

« Dis à qui appartient ce qui est dans les Cieux et sur la terre ? » Réponds : « A Dieu qui S’est prescrit à Lui-même d’être Miséricordieux et qui vous rassemblera sans nul doute au Jour de la résurrection » (Coran 6/12).

"Et lorsque viennent vers toi ceux qui croient, dis : ‹Que la paix soit sur vous ! Votre Seigneur S’est prescrit à Lui-même d’être Miséricordieux. Et quiconque d’entre vous a fait un mal par ignorance, et ensuite s’est repenti et s’est réformé... Il est, alors, Tout Pardonnant et Tout Miséricordieux›. " (Coran 6/54)

Quant au prophète, il nous précise que la miséricorde de Dieu précède Sa colère : « Lorsque Dieu eut terminé l’œuvre de la Création, II écrivit sur Son Livre, qui se trouve par-devers Lui, au-dessus du Trône : "Certes, Ma miséricorde l’emporte sur Ma colère !" (Hadith).

Cette miséricorde Divine est au centre des rapports qui relient Dieu à ses serviteurs. C’est ainsi que `Umar ibn Al-khattâb (deuxième calife) a dit : On amena au Prophète des captifs de guerre parmi lesquels se trouvait une femme qui cherchait son nourrisson. Quand elle le trouva, elle le pressa contre sa poitrine et lui donna son sein. C’est alors que le Prophète nous dit : "Pensez-vous que cette femme pourra jeter son enfant dans le Feu ?". - "Non, répondîmes-nous, elle ne l’y jettera certainement jamais tant qu’elle aura le pouvoir de ne pas l’y jeter". Le Prophète dit alors : "Certes Dieu est encore plus Miséricordieux envers Ses Serviteurs que cette femme envers son enfant". (Hadith).

C’est aussi la miséricorde que Dieu a implanté dans Ses créatures qui permet aux êtres humains d’être bons les uns envers les autres comme le dit le prophète :

« En vérité Dieu a cent miséricordes. Il en a fait descendre une seule sur terre et l’a répartit entre Ses créatures. C’est par elle que les êtres humains montrent de la bienveillance et la miséricorde les uns envers les autres. Il diffère pour Lui-même quatre vingt dix neuf autres miséricordes par lesquelles Il fera miséricorde à Ses serviteurs le Jour de la Résurrection » (Hadith).

« Le Tout Miséricordieux fait miséricorde aux miséricordieux. Faites donc miséricorde à celui qui est sur terre, Celui qui est au ciel vous sera miséricorde  » (hadith).

Les liens entre les êtres humains se fondent donc sur la miséricorde. En islam, ce lien porte un nom : « Rahim » (lien de parenté à ne pas confondre avec « Rahîm », Le Très Miséricordieux). Ce mot dérive du Nom divin Al-Rahman, Le Très Miséricordieux. Le coran rappelle effectivement que les êtres humains constituent une seule et grande famille car ils sont tous descendants d’Adam et d’Eve et qu’à ce titre ils se doivent de respecter ces liens de sang. Dieu dit :

« Ô Hommes ! Craignez Vote Seigneur qui vous a créé d’un seul être, e qui a créé de celui-ci son épouse et qui de ces deux là a fait répandre beaucoup d’homme et de femmes. Craignez Dieu (au Nom) duquel vous vous implorez les uns les autres, et (Craignez de rompre) les liens de parenté. Certes Dieu vous observe parfaitement » (coran 4/1).

Il est intéressant de noter que la préservation des liens de parenté ne se limite pas seulement aux proches parents comme le précise ce verset coranique. Elle s’étend à tous les êtres humains qui doivent êtres solidaires les uns des autres quelque soit leur appartenance ethniques ou religieuses.

Le Coran affirme en ce sens : « Ô gens ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et nous avons fait de vous des peuples et des tributs, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble parmi vous, auprès de Dieu, est celui qui est le plus pieux. Et Dieu est Omniscient et parfaitement Connaisseur de toute chose » (Coran 49/13).

Plus le croyant est habité par la miséricorde et l’amour de Dieu, et plus il réalisera cet idéal pour lequel il a été créé. D’ailleurs la tradition nous montre le chemin, très court, pour devenir un vrai témoin du Tout Miséricordieux : c’est la continuelle attention à Dieu qui est au-delà du passé, du présent et de l’avenir et le profond respect envers ses semblables. En d’autres termes, on ne peut pas croire véritablement, tant que l’on n’est pas miséricordieux comme le dit le prophète :

« Vous ne croirez pas jusqu’à ce que vous êtes miséricordieux ». Les compagnons répliquèrent : « Ô ennoyé de Dieu, nous sommes tous miséricordieux » ; le prophète reprit alors : « je n’entends pas par là, la miséricorde que l’un d’entre vous porte naturellement à son compagnon, mais une miséricorde qui s’étends à tous » (hadith). C’est-à-dire une miséricorde qui s’étend à tous les êtres humains, qu’ils soient musulmans ou pas, qu’ils soient pratiquants ou pas et qu’ils soient bons ou mauvais.

La miséricorde consiste également à savoir pardonner et maîtriser sa colère. Il a été dit à ce sujet : "Trois caractères ne se dévoilent qu’en trois situations : On ne reconnaît le miséricordieux que pendant sa colère, on ne reconnaît le courageux que durant la guerre et on ne reconnaît le vrai frère que dans le besoin".

La miséricorde de Dieu se manifeste aussi dans les moments de peine et de tristesse, la maladie ou les accidents de la vie. Aussi, chaque larme versée pour la perte d’un être cher est une source de miséricorde comme le montre cette parole du prophète :

 
« Nous étions chez le Prophète quand une de ses filles lui envoya un messager l’informant que son fils était à l’agonie. Le Prophète dit au messager : "Retourne voir ma fille et dit lui que tout ce que Dieu prend ou donne Lui appartient, qu’Il a fixé un terme pour toute chose et exhorte-la à se résigner et à compter sur Dieu." Le messager revint et lui dit : - Elle te supplie de venir la trouver. Aussitôt le Prophète se leva et se rendit chez elle, accompagné de Sa`d ibn `Ubâda et de
Mu`âdh ibn Jabal, et de moi-même, reprend ’Usâma.

Quand il arriva, on lui remit
l’enfant qui agonisait. Tenant l’enfant dans ses bras, le Prophète eut les larmes aux
yeux. Sa`d lui dit : "O Envoyé de Dieu, qu’est-ce que c’est ?". - "C’est, répondit-il, de la miséricorde que Dieu a placée dans le cœur de Ses adorateurs. Dieu n’est Miséricordieux qu’envers ceux de ses serviteurs qui le sont eux-mêmes » (Hadith).

Les musulmans ont bien compris que la miséricorde de Dieu envers Ses serviteurs est sans commune mesure avec la miséricorde d’un quelconque miséricordieux. « Si vous vouliez dénombrer la miséricorde de Dieu, Vous ne pourriez l’énumérer  » (Coran XIV/34). On rapporta à ce propos qu’Omar ibn Abdelaziz (un calife du 8ème siècle) partit pou la prière le jour de la fête. Après avoir prié, il invoqua Dieu ainsi : « Ô mon Dieu ! Fais-moi miséricorde car n’as-tu pas dit : « En vérité, la miséricorde de Dieu est proche de ceux qui font le bien » (coran 7/56).

Si je n’en fais pas parti, je suis parmi ceux qui jeûnent : or Tu a bien dit : « A ceux et celles qui jeûnent, Dieu a promis pardon et rétribution magnifique » (Coran). Et si je ne suis pas d’entre les jeûneurs, je suis parmi les Fidèles ; or Tu as dit : « Il est très Miséricordieux avec les Fidèles » (Coran XXXIII/43). Si toutefois, je ne méritais pas cela, alors je suis une chose ; or tu as dit : « Ma miséricorde s’étend sur toute chose » (Coran 7/156). Et si je n’étais pas ainsi, je reste atteint là-même où Ta Miséricorde semble irrecevable car Tu as dit : « ceux qu’un évènement atteint disent : « En vérité, nous sommes à Dieu et vers Lui nous retournerons » (coran 2/156).

IV) Les manifestation de la miséricorde

« Qualifiez-vous par les Attributs de Dieu », cette parole est attribuée au Prophète lui–même. Cela veut dire que l’Homme a vis-à-vis des deux Noms divins, « Al-Rahmâne » et « Al-Rahîm » un mode de participation qui le concerne. Les êtres humains doivent être miséricordieux les uns envers les autres. Cette disposition est même l’une des plus grandes marques de la Foi.

Le musulman se doit ainsi d’aller à la rencontre de tous les êtres humains en gardant dans son cœur, de la tendresse, de la miséricorde et de l’amour. Les proches d’un être humain ont évidement plus de droit à recevoir sa miséricorde. Mais avant de s’occuper de sa propre famille et de ses proches, l’homme doit d’abord penser à lui-même. Il doit d’abord être miséricordieux envers lui-même.

1- La miséricorde envers les parents

Prendre soin de ses parents, c’est s’acquitter d’une dette que l’on ne pourra jamais vraiment rembourser. « Dieu a décrété que vous n’adorerez que Lui, et que (vous manifestez) la bienséance envers vos parents : si l’un d’entre eux ou tous les deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leurs dit pas « Fi » et ne les brusque pas, mais adresse leurs des paroles généreuses. Et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité, et dis : « Seigneur, Fais leur à tous deux miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit » (coran 17/23-24).

2- La miséricorde avec les enfants

La miséricorde envers les enfants est un sentiment tout à fait naturel. Un jour le prophète embrassa un de ses petits enfants en présence d’un bédouin. Etonné, ce dernier lui dit : « j’ai dix enfants et jamais je n’ai embrassé l’un d’eux ». Le prophète le regarda et lui dit : « celui qui ne fait pas miséricorde, Dieu ne lui fera pas miséricorde ». Et dans une autre versions : « Que puis-je pour toi si Dieu a enlevé la miséricorde de ton cœur » (hadith).

3- La miséricorde entre époux

L’amour et la miséricorde sont le fondement même de la famille comme le rappelle le coran :

« Et parmi Ses signes, Il a créé de vous, pour vous, des épouses, pour que vous trouviez auprès d’elles calme et gite, et qu’Il a établi entre vous des liens de tendresse et de miséricorde. Il y a en cela des signes certains pour ceux qui méditent  » (Coran 30/21).

Ce verset coranique montre d’abord que la relation amoureuse est un don de Dieu, une bénédiction qui fonde l’existence même du couple, le rattachement à la transcendance. Se souvenir de ce bienfait est sans aucun doute la meilleure façon de la conserver.

Ce verset parle ensuite de tendresse ou d’amour avant d’évoquer la miséricorde. Ce qui correspond bien à l’évolution du couple. Les problèmes de la vie, les difficultés et les disputes sont autant d’épreuves qui ne peuvent être surmontées sans la miséricorde, qui vient s’ajouter à la tendresse et l’amour qui sont plus forts au début du mariage.

4- La miséricorde envers les proches

Même si l’humanité constitue à l’origine une seule et même famille, il est évident cependant que les relations de chacun d’entre nous doivent êtres plus fortes avec ceux avec qui nous avons des liens de sang. Selon le prophète, Dieu a dit : « Je suis Le Très Miséricordieux (Al-Rahmâne), j’ai créé les liens de Parenté (Al-Rahim) et J’ai fait dériver leur nom de mon propre nom ; celui qui les préservera, Je le préserverai et celui qui les romprai, Je romprai avec lui » (hadith).

5- La miséricorde envers les orphelins

La miséricorde envers l’orphelin est sans doute l’un des sentiments qui rapproche le plus l’homme du Tout Miséricordieux. C’est même un signe de la pureté de son âme. Un homme vint au Prophète se plaindre de la dureté de son cœur. Le Prophète lui dit alors : « Aimerais tu voir ton cœur s’adoucir et obtenir ce dont tu as besoin ? Fais miséricorde à l’orphelin, passe ta main sur sa tête, et donne lui de ta nourriture, ton cœur s’adoucira, et tu obtiendras ce dont tu as besoin. » (hadith)

6- La miséricorde envers les pauvres

Après avoir mentionné la miséricorde envers l’orphelin, le coran évoque très fréquemment le pauvre qui vit dans le dénuement et la misère :

« Et lorsque Nous avons pris l’engagement des fils d’Israël : Vous n’adorez que Dieu, et (manifesterez de la) bienfaisance envers les père et mère, les proches parents, les orphelins et les pauvres.. » (Coran 2/83).

Parmi les invocations du prophète, on trouve notamment : «  Grand Dieu ! Fais que j’entreprenne des actions de bien, et que je laisse toute action blâmable, et (mets dans mon cœur) l’amour des pauvres !  » (hadith)

7- La miséricorde envers les malades

En Islam, la maladie est une forme de purification de l’âme. L’islam recommande d’être miséricordieux envers les malades et les handicapés qui se trouvent souvent dans des situations de détresse. Dieu se tient toujours à côté du malade comme nous le rappelle ce très beau hadith :

« Dieu Tout-Puissant dira le Jour de la Résurrection : O fils d’Adam, Je suis tombé malade et tu ne M’as pas rendu visite. Il dira : Ô Mon Seigneur, comment puis-je Te rendre visite quand Tu est le Seigneur des mondes ? Il dira : Ne savais-tu pas que Mon serviteur Untel était tombé malade, et tu ne l’as pas visité ? Ne savais-tu pas que si tu l’avais visité, tu M’aurais trouvé avec lui ? O fils d’Adam, Je t’ai demandé de la nourriture et tu ne M’as pas nourri. Il dira : O Seigneur comment puis-je Te nourrir quand Tu es le Seigneur des mondes ?

Il dira : Ne savais-tu pas que Mon serviteur Untel t’a demandé de la nourriture, et que tu ne l’as pas nourri ? Ne savais-tu pas que si tu l’avais nourri, tu aurais trouvé la récompense (d’en avoir fait autant avec Moi) ? O fils d’Adam, Je t’ai demandé de la boisson et tu ne M’as pas donné à boire. Il dira : O Seigneur comment puis-je Te donner à boire quand Tu es le Seigneur des mondes ? Il dira : Mon serviteur Untel t’a demandé à boire, et que tu ne lui pas donné ? Si tu lui avais donné à boire, tu aurais sûrement trouvé la récompense (d’en avoir fait autant avec Moi). (hadith)

8- La miséricorde envers les voisins

En Islam, le voisin a des droits qui sont pratiquement comparables à ceux des proches. Aïcha, l’épouse du prophète lui demanda un jour : « Ô envoyé de Dieu, j’ai deux voisins. Auxquels des deux, dois-je faire un présent ? » Le prophète répondit : « A celui dont la porte est la plus proche de la tienne » (hadith).

Le prophète dit également : « L’ange Gabriel n’a cessé de me recommander (d’être bienfaisant) envers le voisin, à tel point que j’ai pensé qu’il allait en faire un héritier  » (hadith).

Tout cela pour nous rappeler que la vocation de tous les êtres humains est d’être des frères et des sœurs, vivant en paix et dans le respect.

9- La miséricorde envers les animaux

L’islam donne aux espèces animales le statut de créatures, tout comme les être humains. C’est ainsi que le prophète dit : « Quiconque tue un oiseau sans raison valable, celui-ci se plaindra à Dieu le jour de la résurrection en disant : "O mon Seigneur ! Untel m’a tué sans raison valable, et il ne m’a pas tué pour un profit » (hadith).

10- La miséricorde envers les pécheurs

Dans la tradition musulmane, la miséricorde est intimement liée à la notion du Pardon. Parce que Dieu est tout miséricordieux, il pardonne tous les péchés comme le précise ce verset coranique : « Dis Ô Mes serviteurs qui avaient commis des excès à votre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu. Dieu en vérité pardonne tous les péchés. Oui, c’est lui le tout pardonnant, le tous miséricordieux » ((coran 39/53-59).).

« Ma miséricorde embrasse toute chose » (Coran 7/156), nous dit Dieu le coran également. C’est pourquoi l’homme doit être miséricordieux envers ceux qui font des erreurs, commettent des péchés ou sont désobéissants.

Conclusion

Dans les tous les textes cités plus haut, nous pouvons reconnaître une réelle beauté humaine et spirituelle. Dans cette lumière de la miséricorde, juifs chrétiens et musulmans peuvent facilement se reconnaître, se respecter, s’estimer et même s’aimer.

Le Coran insiste sur l’obligation pour l’homme d’être miséricordieux envers ses semblables comme envers le reste de la Création, Dieu y étant Lui-même présenté comme le Tout Miséricordieux.

C’est seulement dans cette attitude de compassion vécue que l’homme peut nouer une relation avec le Très Haut. La pratique de la miséricorde nous montre également que miséricorde, juifs chrétiens et musulmans puvent facilemnt se reconnaitre.) l’le seul chemin possible vers Dieu est celui de l’amour. S’inspirer de la Miséricorde est donc un moyen pour nous de travailler sur nous-mêmes, réveiller notre cœur et apprendre à vivre dans la proximité de celui par lequel toute chose est née.

Tout acte, toute pensée, toute action doit être accompagné d’une méditation ou d’une réflexion qui nous ramène à la Miséricorde. C’est en cela que l’Homme peut développer son humanité. Nous naissons homme, mais nous n’atteignons la qualité d’être humain qu’en appréhendant le sens de cette Miséricorde. C’est par l’attitude que nous avons à l’égard de nos semblables, en tant qu’être miséricordieux, que nous devenons celui qui vit de la Miséricorde et la produit autour de lui.

Azzedine GACI

Président du Conseil Régional du Culte Musulman (CRCM - Rhône Alpes)

Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article

Par khoubziste - le 11 juillet 2008

Essalem aalaykoum,

Cher Soufiane libre à toi de me croire tombée de la dernière pluie,

Je ne te suis pas sur un point quand tu dis il faut rendre à césar... Permets moi de te demander avec la plus grande sincérité et sans agressivité pour qui tu te prends ? Est-ce que tu mesures la vanité que ton propos semble contenir ? De quel droit pourrions nous juger ? Serais-tu le défenseur ? Je crois que tu n’as pas conscience de ce que tu écris.

Fais le bien en espérant rétribution, en comptant et on en reparle au bout du chemin.

Si les gens font le bien parce qu’ils espèrent rétribution alors prions Allah de leur faire miséricorde. Quand à ceux qui font le mal en espérant le pardon prions qu’Allah leur ouvre les yeux.

Le pardon est une chose à laquelle on nous invite fortement, ne pas oublier qu’on ne peut être pardonné pour le mal que l’on fait à quelqu’un que par cette personne et uniquement par cette personne. Ne pas oublier que pour que l’on vous pardonne, il faut demander le pardon.

Quand à la psychanalyse... elle est comme la "spiritualité" une bouée pour aliéné, désolé.

Mais l’important c’est que tu te sentes mieux. Allah iaounek.

Wa salam aalaykoum wa rahmatou Allah wa barakatou

Par Waglioni - le 8 juillet 2008
@Soufiane, ma remarque entre parenthèses ayant disparu avec le post qui la contenait, je me vois dans l’impossibilité de répondre. Il faudrait demander des explications au modérateur de ce site. Je me souviens seulement que pour l’essentiel, je protestais de mon ignorance en la science coranique, et que, trop certain de perdre, je ne désirais entrer en compétition avec personne dans ce domaine. Mon seul "don" est d’avoir assez d’esprit critique. Pour le reste, vous avez mille fois raison sur le seul argument du coeur, c’est le seul qui compte.
Par Soufiane - le 7 juillet 2008

cher Waglioni,

vous dites : "Mais il reste que vous semblez hautement respecter le travail de ce Chouraqui", alors je vous réaffirme que je ne privilégie aucune traduction française du Coran, et pour être plus clair encore, je pense que la "traduction" la plus fidèle du Coran est celle dont notre coeur est capable... quant à votre remarque entre parenthèses concernant le nom Chouraqui, je ne la comprends pas, pouvez-vous être plus clair s’il vous plaît ? Je vous en remercie d’avance.

salam aleykoum

Soufiane

Par Soufiane - le 7 juillet 2008

salam aleykoum !

chère Rahma ! merci pour votre rectification ! oui, c’est André Chouraqui, allah yarahmou.

mon cher frère khoubziste, mes parents aussi étaient ouvriers, et mon père était analphabète, "oummi", et orphelin de surcroît depuis sa plus tendre enfance, mais il a tenu à ce que ses enfants s’instruisent, qu’ils soient dignes d’êtres des Gens du Livre... Je pense bien comprendre votre propos et je suis bien d’accord avec vous, il n’y a pas d’opposition entre nous à mon avis : dire que la miséricorde d’Allah prime sur les actes, ce n’est pas dire que les actes n’ont pas d’importance, c’est seulement affirmer qu’Allah est le plus grand ou que seule Sa grâce est efficace. Je suis bien d’accord avec vous qu’il est humain et naturel d’espérer une rétribution de ses bonnes actions, mais le "commerce" avec Allah peut-il être du même ordre que le commerce humain ? Nos frères Chrétiens disent : "Il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu", je crois que c’est cela le sens profond du hadith qui affirme la primauté de la miséricorde divine par rapport aux actes. Il s’agit de se rappeler en quelque sorte que l’on ne peut "acheter" la miséricorde d’Allah avec ses actes, et encore plus fondamentalement, qu’il est le seul Juge au final. D’où la formidable humilité à laquelle nous invite ce hadith. Je crois que c’est cette idée qui est au coeur du texte d’Olfa Youssef que je vous invite à relire avec attention et paisiblement... Quant à la psychanalyse, c’est en partie grâce à un travail psychanalytique de longue haleine que je suis "revenu" à l’Islam après une vie d’"enfant prodigue", mais comme pour la spiritualité, l’efficacité de la psychanalyse ne peut être éprouvée qu’en la vivant...

cher Waglioni, merci pour vos conseils ! vous semblez aussi être très doué en matière de science coranique comme Djamel Dabeldi, je ne pourrai donc pas "rivaliser" avec vous sur ce terrain, mais je n’ai pas dit que je m’en tenais à une seule traduction française du Coran, comme vous l’affirmez.

Chère Lola, je ne sais pas si vous avez lu mes autres commentaires des textes de Azzedine GACI sur la miséricorde, mais j’ai précisément pointé le fait que "El Rahmane" serait agent, et "El Rahim" serait patient. J’espère avoir répondu à votre interrogation.

salam aleykoum !

Soufiane

Par Waglioni - le 7 juillet 2008
@ Amin, pourriez-vous argumenter votre injonction (je dis injonction, même si vous la présentez comme une invite) ? Il serait intéressant en effet de voir sur quelles bases reposent les usages de déférence semi-divine concernant le Prophète, alors même qu’il n’a cessé de mettre en garde contre tout "culte" rendu à sa personne (une sorte d’idolâtrie, selon lui, dont les Chrétiens se sont rendus coupables : il tenait absolument qu’il ne fallait pas que s’instaure une "imitatio Mohamedi" à l’instar de l"imitatio Jesus-Christi". Peine perdue, semble-t-il).
Par Amin - le 6 juillet 2008

Merci pour cet article. Pourriez-vous dorénavant, ainsi que ceux qui postent des commentaires, ajouter la formule du salut après avoir cité le Prophète (saws)

Merci, que Dieu (swt) nous pardonne et nous bénisse. Amin

Par Rahma - le 5 juillet 2008

Salam wa rahma,

Petite réctification : à propos du traducteur il s’agit d’André Chouraqui et non d’Elie qui lui est cinéaste !

Merci à tous pour cette fraicheur divine... al-Hamdulillah wa shukrulillah.

wa salam

Rahma

Par radowan - le 4 juillet 2008

salam à tous ! merci sofianne pour cet extrait du livre de la psychanalyste tunisienne Olfa Youssef,

une merveille !!

Par Lola - le 4 juillet 2008
A Sofiane : A propos de la traduction de Chouraqui de "Errahman Errahim" par "Le Tout matriciant et Le très matriciel", je m’étonne, comme Djamal Dabelji de cette traduction car la matrice est principe "passif". Il n’y aurait donc pas de principe "actif" donc pas de passage de la puissance à l’acte.
Par Waglioni - le 4 juillet 2008

@Soufiane, vous dites :

"je suis personnellement incapable de dire si une traduction française du Coran est meilleure qu’une autre, car la langue arabe n’est pas ma langue maternelle"

Certes, mais si le Coran, rendu dans votre langue maternelle, sonne faux, alors vous devez bien décider si la traduction est bonne ou non. Il faut vous faire une raison, en sachant aussi que la langue du Coran est inaccessible à un arabophone d’aujourd’hui ; et même du temps du Prophète, les nombreux retours sur les mêmes questions sont là pour attester de l’incompréhension des premiers auditeurs.

Alors si pour vous la traduction de Chouraqui "sonne" bien, c’est très bien. Tirez le fil de son entreprise, passablement alambiquée en effet. Mais s’en tenir à une version aussi extrémiste n’est peut-être pas raisonnable. Enfin, vous verrez bien assez tôt où cela vous mène, comme je vous le souhaite.

Par ibrahim - le 4 juillet 2008
Un article à lire et à relire, riche en enseignement. Mon attention a été retenue par les commentaires sur la contradiction entre la loi et la miséricorde. Je me plais à croire que la contradiction n’est ici qu’apparente. Des hadiths sont déjà cités, notamment, Ma Miséricorde l’emporte sur Ma colère. Si la loi devrait s’appliquer dans sa rigueur, il est clair que la châtiment divin est inévitable pour tout à chacun, sauf pour l’homme parfait. Commettre un seul pêché est largement suffisant (suivant la rigueur de loi) pour encourir le châtiment divin. Dieu a ordonné de faire (tu n’a pas fait) et Dieu a prescrit (tu as enfreint). L’espérance est justifiée par la Miséricorde de Dieu. Quoi que j’aie pu commettre comme pêché, Dieu est Miséricorde ; le pardon est toujours possible. Encore faut-il le vouloir (ce pardon). Cela dit, on n’a besoin des actes, car, c’est Dieu qui ordonne (de faire la prière par exemple). Face à un ordre du Dieu, seul l’inconscient (nous sommes par moment), peut oser dire, « les actes c’est rien du tout, à quoi bon, Dieu est Miséricorde. »
Par khoubziste - le 4 juillet 2008

Soufiane,

On voit de suite que le postulat de départ sur lequel se base le livre dont tu parles est faux.

Depuis enfant nous savons que le paradis n’est nullement un acquis. Enfant, j’ai demandé à mes parents si une personnalité à la télé irait en enfer parce qu’elle n’était pas musulmane mais parents ouvriers de France m’ont répondu que personne ne pouvait dire la volonté divine, il peut y avoir des gens qui font des choses bien même s’ils ne sont pas musulmans.

Moralité sans vouloir choquer certains esprits, ce qui comptent dans l’acte c’est que celui ci puisse plaire à Allah mais nullement qu’il puisse donner lieu à des rétributions.

Le fait de croire qu’un acte dont lieu à rétribution n’est pas condamnable, il rapproche l’être de sa foi, celle-ci nécessite force et chemin.

Ceux qui se moquent de "s’en tenir aux actes et espérer une rétribution" sont des ignorants ou des vaniteux, on espère toujours une rétribution.

Ne pas ignorer la nature humaine qui a besoin de positionner son acte dans le lieu, l’acte n’a rien d’anodin, cette rétribution peut prendre différente forme (l’intérêt général, ...) Voilà aussi comment faire preuve de miséricorde en reconnaissant sa propre contingence.

Que l’on commence par s’en tenir aux actes en espérant rétribution et on en reparle au bout du chemin.

La psychanalyse est entachée de charlatanisme ce qui la discrédite d’emblée il me semble, à moins de se prétendre suffisamment savant pour pouvoir faire le tri. Mais sur quelle base de crédit ?

Wa salam aalaykoum

Par khoubziste - le 4 juillet 2008

Essalem aalaykoum wa rahmatou Allah wa barakatou,

Abderrahman je ne comprends pas forcément ce hadith comme une contradiction.

Le hadith dit "aucun n’entrera au paradis grâce à ses actions" ce qui ne dit pas que l’on entrera au paradis quelque soit ses actions.

De la façon dont je comprends ce hadith mais je ne suis pas savant, c’est que nul ne peut prédestiner de la volonté divine et nul ne peut dire « voilà c’est bon, j’ai comptabilisé mes actes donc c’est acquis ». Cela serait, à mon très humble avis, pêché d’orgueil dans la mesure où cela serait s’approprier ce qui ne nous appartient pas.

Ce hadith, à mon sens, rappel le sens même de l’Islam, la soumission à Allah, être pour être et non pour recevoir.

Mais aussi, il me semble que ce hadith invite effectivement à faire preuve de miséricorde les uns envers les autres. Quand à l’attitude à tenir envers les non-musulmans, elle est également décrite, il me semble qu’elle est essentiellement basée sur le respect, la tolérance, la responsabilité et l’exemplarité, car le plus important c’est sa propre responsabilité et non l’image.

Mais peut-être pour faire preuve de miséricorde envers les autres, faut-il commencer par faire preuve de miséricorde envers soi-même. Or la miséricorde envers soi-même consiste à prier Allah de nous accorder sa miséricorde, c’est à dire comme dit le hadith cité, reconnaître son erreur, sa faute devant Allah, faire repentance, et sans remettre à Allah. Il n’est nullement possible de revenir sur le passé ni de le nier, la foi peut nous aider à dépasser l’ignorance et l’erreur. Allahou aalam.

Il n’est nul besoin de cacher ses erreurs à Allah et le chemin vers le pardon de soi passe par Allah. Cela demande et constitue un travail de la foi pour s’accomplir.

"Le seul chemin possible vers Dieu est celui de l’amour"

Il me semble même si les intentions sont louables qu’il n’est pas permis d’énoncer de telles choses.

Ce genre de formulation semble dogmatique. Il y a un chemin vers Dieu ? Ne serait-ce pas là présumer de beaucoup de choses ? Cette affirmation est à mon humble avis, le contraire de ce qui a été dit sur "l’acquis". La tentation de "planter la tente" (voilà c’est bon c’est acquis) est grande même lorsque l’on parle de chemin.

Il ne s’agit nullement d’affirmations de ma part mais d’interrogations auquel chacun est invité à répondre s’il le juge nécessaire.

Allahou aalam

Wa salam aalaykoum.

Par Soufiane - le 4 juillet 2008

salam aleykoum !

pour nourrir la réflexion sur le lien problématique entre légalisme et miséricorde d’Allah qu’évoque un hadith proposé par Azzedine GACI, je vous propose cet extrait du livre de la psychanalyste tunisienne Olfa Youssef "Le Coran au risque de la psychanalyse", que je vous recommande chaleureusement, tant ce livre est plein de subtilité et sait tirer vers le haut la réflexion sur le Coran et l’Islam...

Olfa Youssef : "Le Coran au risque de la psychanalyse"

Troisième partie : "Lectures du Coran, Lectures du désir"

3. "Le renoncement, vérité du désir"

La miséricorde divine (pp. 181-184) :

Les limites de l’obéissance humaine nous amènent à lire autrement les notions de récompense et de châtiment. La conception commune des musulmans est que faire certaines actions, s’acquitter de certaines tâches et se comporter d’une certaine manière garantissent l’accès au paradis. Selon cette perspective, se soumettre à la loi est la seule voie de salut, plus même : se soumettre à la loi est gage de récompense. La loi prend ainsi la place symbolique de Dieu, et l’homme imagine que c’est grâce à ses sacrifices continus et à sa conformité absolue aux ahkâm qu’il a, par sa volonté seule, instauré l’image salvatrice idéale qu’il convoite. Cette image génère une sérénité illusoire et donne à l’homme l’illusion que c’est lui le faiseur et le décideur. Paradoxalement, et tout en croyant adorer Dieu, l’homme ne se met en fait qu’à adorer sa propre image idéale. Cette démarche est fallacieuse car l’homme oublie que la loi n’est pas un miroir et qu’il ne suffit pas de lui obéir pour être vertueux (126), il oublie aussi que « le refus de pécher ne fait pas entrer dans la foi. Souvent même, il renforce l’orgueil (127) » ; et il oublie surtout que le salut n’est pas tributaire de la soumission à la loi, mais de la miséricorde divine. Le Prophète soutient cette position : « Aucun homme n’accédera au paradis grâce à ses actions. - Même pas toi, ô messager de Dieu ? lui dirent certains de ses compagnons. - Même pas moi, répondit-il, à moins que Dieu ne me touche par Sa grâce et Sa miséricorde (128). ». Un autre hadith du Prophète confirme que c’est grâce à la miséricorde divine qu’on gagne le paradis :« Un homme de Bani Israel aurait assassiné quatre-vingt-dix-neuf personnes ; il alla voir un moine pour lui demander s’il pouvait se repentir. Le moine réfutant sa question, l’homme le tua. Sur le chemin du retour, cet homme trépassa. Les anges de la miséricorde et ceux de la torture controversèrent sur son sort. Dieu révéla alors aux anges de la torture de s’éloigner de son corps, et aux anges de la miséricorde de se rapprocher de celui-ci. Et ainsi, l’homme entra au paradis (129). » Cet assassin qui a tué cent personnes a trouvé par la miséricorde de Dieu qui embrasse toute chose (130) le pardon. Le paradis n’est-il pas dit métaphoriquement « miséricorde de Dieu » ?

Cette conception est difficile à saisir pour tous ceux qui lient l’accès au paradis à l’application des ahkâm. Tel est le cas de Abu Dharr, l’un des Compagnons du Prophète. Muhammad lui aurait dit :« Tout être humain qui dit : "Il n’est de divinité que Dieu (lâ ilâha illâ Llâh), et qui meurt sans se rétracter, accédera au paradis." Abu Dharr dit alors : "Même s’il a volé et commis le péché de chair ? - Oui, même s’il a volé et commis le péché de chair." Abu Dharr répéta , incrédule : "Même s’il a volé et commis le péché de chair ? - Oui, même s’il a volé et commis le péché de chair." Abu Dharr insista encore : "Même s’il a volé et commis le péché de chair ?" Le Prophète conclut alors : "Oui, même s’il a volé et commis le péché de chair, n’en déplaise à Abu Dharr." (131) »

La position du Prophète prouve que la mansuétude de Dieu n’est pas un droit que l’on acquiert en essayant de sublimer nos images par l’adéquation à une loi supposée. La satisfaction de Dieu est, telle la vie, un don divin et une miséricorde par laquelle il atteint qui il veut. Nous pouvons même adhérer à l’interprétation de certains exégètes qui assignent à l’homme une certaine volonté dans l’attribution de cette miséricorde (132) ; c’est le désir profond de la miséricorde qui se révèle à celui qui demande le pardon de Dieu, en étant sincère et modeste, mais surtout en désespérant de soi et en espérant en Dieu (133). Plusieurs hadiths révélés confirment cette approche. Dieu aurait ainsi dit : « Je suis tel que Mon serviteur Me considère (134) » Selon un autre hadith (135), « deux hommes en enfer criaient tellement fort que Dieu demanda de les sortir de l’enfer et de les amener devant Lui. Il leur demanda : "Pourquoi criez-vous si fort ? - Afin que Tu nous touches par Ta miséricorde, répondirent-ils. - Ma miséricorde se manifestera dès que vous vous jetterez dans le feu." L’un d’eux exécuta l’ordre, et le feu se transforma en une fraîcheur salutaire [bardan wa salaman, d’après 21 : 69 :"Ô feu, sois pour Abraham une fraîcheur salutaire"]. Le deuxième homme refusa de se jeter dans le feu. Dieu lui dit : "Pourquoi ne t’es-tu pas jeté dans le feu, comme ton compagnon ? - O mon Dieu, j’espère ne plus jamais retourner en enfer après en être sorti. - Ton voeu sera exaucé", lui répondit Dieu. Les deux hommes entrèrent dans le paradis grâce à la miséricorde de Dieu ».

L’obéissance étant nécessairement relative, notre salut n’est pas un droit acquis et dépend de la miséricorde de Dieu : dès lors, il est impossible de juger l’autre. Un hadith du Prophète dit :« Accuser un musulman de mécréance équivaut à le tuer (136). » La modestie essentielle et la suspension du jugement indisposent certes le moi qui convoite par l’imaginaire pouvoir et savoir illimités lui permettant d’évaluer l’autre selon ses propres normes ; pour autant, « n’est croyant que celui qui veut pour son frère ce qu’il voudrait pour lui-même (137) ». La condition de la croyance prête ici à ambiguïté, car le pronom « il » peut, linguistiquement parlant, autant référer à celui qui veut ou au frère. Selon la première acception, du reste courante, le croyant devrait vouloir pour l’autre le même objet que ce croyant voudrait pour lui-même ; alors que selon la deuxième acception possible, le croyant devrait vouloir pour l’autre l’objet même que l’autre convoite. Loin d’appeler à imposer ses propres volontés à l’autre, ce hadith nous inciterait à aider l’autre dans ses projets, aussi différents soient-ils des nôtres.

NOTES :

126. Françoise Dolto, Les Évangiles et la Foi au risque de la psycha­nalyse, op. cit., p. 172.

127. Denis Vasse, La Vie et les Vivants, op. cit., p. 84.

128. AI-Bukhâri, op. cit., t. III, p. 157.

129. Ibid., t. IV, pp. 211-212.

130. "... Mon châtiment atteindra qui je veux ; Ma miséricorde embrasse toute chose... » (7:156).

131. Al-Bukhâri, op. cit., t. VII, pp. 192-193.

132. Ibn ’Ashûr, op. cit., t. VI, p. 56.

133. Denis Vasse, Le Temps du désir, op. cit., p. 89.

134. AI-Ahâdîth al-qudusiyya, op. cit., p. 237.

135. Ibid., pp. 238-239.

136. Al-Bukhâri, op. cit., t. VIII, p. 32.

137. Ibid., t. I, p. 10.

Par Soufiane - le 4 juillet 2008

cher Djamel Dabeldi, salam ! je suis impressionné par votre science ! je suis personnellement incapable de dire si une traduction française du Coran est meilleure qu’une autre, car la langue arabe n’est pas ma langue maternelle, alors je suis en quelque sorte "oummi" en matière d’arabe ! je me vois mal donc débattre avec vous sur ce terrain que vous semblez maîtriser parfaitement. Ceci dit, je tiens à dire ici que la traduction française du Coran de notre frère Elie Chouraqui a ceci d’intéressant qu’elle est basée sur une bonne connaissance de l’hébreu, qui est une langue soeur de la langue arabe, c’est pourquoi elles ont sans doute beaucoup de choses à se dire ! Et puis, quand Elie Chouraqui traduit "El Rahmane" par "Le Matriciant", je trouve cela très intéressant, parce que le Coran lui-même emploie le mot "El arhame" dans le sens de "matrices" : "La connaissance de l’Heure du Jugement relève uniquement du Seigneur qui fait tomber la pluie salvatrice, et qui sait ce qu’il y a dans les matrices" (S. 31 V. 34, traduction de Mohammed Chiadmi).

Pourquoi alors ne pas travailler aussi en ce sens ? La dimension matricielle d’Allah est pour moi une "piste" très intéressante... Je crois qu’il y a un adage soufi qui dit qu’Allah aime ses serviteurs comme une mère... Il y a des "indices" dans le Coran je trouve qui nous indique cette dimension matricielle d’Allah : que dire de cette très belle "expression" : "oum el kitab", "la mère du Livre" ? Que dire du fait que le Prophète Mouhammed (sur lui le salut et la paix) est qualifié d’"oummi" ? Cela ne signifie-t-il pas qu’il faut en un sens être "maternel" soi-même pour pouvoir accueillir à notre tour la parole divine comme notre cher Prophète ?

Voilà pourquoi il est important pour moi de mettre l’accent sur la dimension matricielle d’Allah. Evidemment, je suis musulman et je n’identifie pas Allah à une mère, mais symboliser n’est pas identifier.

Enfin, Azzedine Gaci s’est référé à un hadith dans lequel l’amour d’une mère pour son enfant est mis en relation avec la miséricorde d’Allah.

voilà cher Djamel Dabeldi, mais je ne demande qu’à apprendre ! je trouve ce site très intéressant pour cette raison justement : nous pouvons y apprendre des autres...

salam aleykoum !

Soufiane

ps : pour ce qui est du hadith "contreversé" sur le lien entre légalisme et miséricorde d’Allah, je vais proposer une réponse documentée dans un autre message inch Allah !

Par Waglioni - le 3 juillet 2008

Un mot @Djamel Dabeldi sur ses ab) :

a)Votre répulsion à l’emploi du mot "mystique" me semble peu justifié. On en discute en effet depuis Guénon. Or, même si l’on doit reconnaître en Guénon une source excellente d’enseignements utiles (mais qui, somme toute, se résument à nous conduire à Ibn ’Arabi), on n’est pas obligé d’adopter toutes ses détestations. Elles avaient leur explication en son temps. Elles n’en ont plus guère : on n’entend plus guère le sens exclusivement chrétien du mot, pour ne retenir que celui de son origine, grecque, d’élévation spirituelle et de mystères auxquels il convient de s’initier. C’est donc à une voie que cela renvoie. Quoi qu’il en soit, s’il vous plaît de ne jamais employer le mot de "mystique", libre à vous, mais n’en dégoûtez-pas les autres, ou alors donnez quelque bonne raison. Dans le même ordre d’idée, si parler de "maîtres spirituels" peut avoir un sens (encore que, pour le plus important d’entre eux, il s’agisse du maître qui n’a pas de maître et qui enseigne justement à n’en pas avoir !), j’avoue ne plus trouver aucun charme à des expression comme "ésotérisme islamique" ou "doctrine traditionnelle". C’est d’autant plus étonnant que celle de "science du coeur", est très heureuse et je vous remercie de nous en faire cadeau.

b)Sur les traductions du Coran, j’ai déjà émis toutes les réserves possibles. Et je les prolonge à ceux que vous conseillez, particulièrement à celle de Muhammad Hamidullah pour une raison précise : il se permet de mettre entre parenthèse dans le texte même des versets le sens qu’il faut, d’après lui, donner à tel ou tel mot ou passage. Je ne sais pas si toutes les versions de sa traduction sont ainsi, mais c’est un procédé inacceptable, d’autant que pour chaque passage ou mot ainsi commenté dans le texte même, bien d’autres interprétations soient possibles. Il faut se garder comme de la peste des interprétations, et se méfier comme du choléra des traductions.

Par lip - le 3 juillet 2008
Pardon Abderrahmane et à vous tous mais je ne vois pas de contradictions entre le Hadith que vous citez et les versets coraniques qui traitent de la rétribution selon les actes. Je dirai très humblement que j’y vois un rapport entre Dieu et la conscience humaine de ce rapport selon la citation de Ibn Arabi : "l’eau prend la couleur du récipient qui la contient". Ensuite, il ne faut pas oublier les étapes que l’on doit franchir avant d’accéder au Paradis et qui résultent à la fois et des actes et de la prédestination. C’est ce ma toute petit personne comprend en attendant de pouvoir trouver une réponse chez les savants musulmans autorisés.
Par Abderrahman - le 3 juillet 2008

L’auteur écrit, dans la première partie de cet article : « On trouve en effet dans la tradition musulmane appelée aussi Sunna, cette parole du prophète :

“Aucun d’entre vous n’entrera au Paradis grâce à ses actions. Les compagnons dirent : “Même pas toi, ô ! Envoyé de Dieu ?” Il dit : “ Même pas moi à moins que Dieu ne me recouvre de Sa miséricorde. Ils demandèrent : “A quoi sert donc les actions Ô Envoyé de Dieu ?!” Il dit : “Vous rentrerez au Paradis par la grâce de Dieu et vous vous le partagerez selon vos actions.” (hadith). »

Ce hadith (et d’autres similaires) a fait l’objet d’une grande controverse aux premiers temps de l’islam (de la part des mu’atazilites entre autres), parce qu’il va à l’encontre de nombreux versets du Coran qui encouragent les hommes à faire le bien et à éviter le mal.

Dieu promet formellement, dans ces versets, que chacun sera jugé selon ses actes. Celui qui fait l’équivalent d’un atome de bien en bénéficiera, et celui qui fait l’équivalent d’un atome de mal en supportera les conséquences. Les versets sur la justice divine sont innombrables et bien connus.

Alors, est-on dans une impasse ?

Dans la mesure où le Coran ne comporte pas de contradictions, et où Dieu tient ses promesses (deux vérités que nul ne conteste), alors il faut trouver au niveau de l’esprit humain une manière rationnelle de concilier le hadith du Prophète et les versets coraniques applicables à la même question.

Mais, si la conciliation rationnelle n’est pas faisable, alors, c’est le verset coranique qui prime, c’est la justice absolue de Dieu qui prime. Chacun est jugé en fonction de ses actes.

Car, comme l’a affirmé le Prophète, il n’est que le Messager de Dieu, et il ne peut pas introduire de propositions qui ne sont pas conformes aux propositions énoncées par Dieu.

Wa llahou a’elam.

Bonne journée à tous.

Par Philippe - le 3 juillet 2008
Merci pour ce rappel que l’islam donne tant d’importance à la miséricorde. C’est d’ailleurs certainement le grand point commun entre toutes les religions ! Malheureusement tous ne comprennent pas que c’est la chose principale que Dieu attend de nous. Il est vrai que beaucoup de croyants et des leaders religieux ont trop souvent pensé que Dieu nous demande de combattre les autres religions (ou les autres confessions dans notre propre religion). Une telle attitude me semble incompatible avec l’attitude de miséricorde et avec le verset 2,62 et le verset 5,48 du Coran qui nous indique qu’Allah a voulu la diversité des religions pour que chacune soit stimulée à faire le bien et donc à exercer la miséricorde. Mais peut-on réaliser cela sincèrement si on se croit supérieurs aux autres ? Ce serait alors une miséricorde très paternaliste qui ne provoque pas la paix. Hier, à la fin d’une des excellentes émissions du mardi soir sur ARTE, on entendait un des pilotes kamikazes japonais survivants avouer qu’après avoir visité Hiroshima dévasté, il avait compris que si l’humanité ne renonce pas à la guerre comme moyen de résolution des conflits, il n’y aura pas d’avenir pour la planète. Toutes les religions devraient s’unir pour faire prévaloir cette idée et revendiquer que tout l’argent des armes soit consacré à procurer une vie décente pour chaque être humain. Elles seraient alors les ambassadrices de la miséricorde et de la compassion divine. Sans cela, me semble-t-il, elles sont à côté de leur mission et devront en rendre compte au Créateur de chaque être humain.
Par Franck L. R. Morellato - le 3 juillet 2008

Holà Every One,

en hébreu M77 = l’Esprit... 70, le chiffre de l’infini (aussi représenté par le signe du Poisson...) + 7 (la sagesse) = M 77 = l’Esprit...

La première sourate du Coran que chaque Musulman & Musulmane récite lorsqu’ il & elle prie, s’appelle la Fatiha, l’Ouverture... 7 versets inspirés par Dieu dont on dit qu’ils contiennent en leur sein, tout le rappel du Coran :

"1 Au nom de Dieu:celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux.

2 Louange à Dieu, Seigneur des mondes :

3 celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux,

4 le Roi du Jour du jugement.

5 C’est toi que nous adorons, c’est toi dont nous implorons le secours.

6 Dirige-nous dans le chemin droit :

7 le chemin de ceux que tu as comblés de bienfaits ; non pas le chemin de ceux qui encourent ta colère, ni celui des égarés."

Amen...

En 7 versets, l’un des noms de Dieu, "celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux" est répété deux fois...

Puisque comme l’a écrit André Neher,

"L’Amour est le dialogue de Dieu et du monde, dans l’Homme...",

ma Question du jour est :

Y a-t-il assez d’Amour aujourd’hui dans le coeur des Hommes et des Femmes de ce monde pour que le nom de Dieu, "celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux" prenne corps et âme ?

Take care all, and What-EvêR, Wher- EvêR, When-EvêR..., Be & STay Aware & Relay... Be STAR ! Avé le sourire ouah ! all-ways... for always ?

SaLaM, Paix, Pax, Peace, ShaLoM... SLM,

Franck L. R. Morellato, alias L French Muslim RoVeR otal le roM de Lyon (France) & abroad & offshore & beyond...

Par Djamel Dabeldi - le 3 juillet 2008

81+18 = 99 ; tout être humain peut lire en arabe dans ses mains en les joignant paumes ouvertes une symbolique totalisant les 99 attributs divins.

Chers frères et soeurs, croyants en Dieu le Tout Miséricordieux , le Très Miséricordieux.

Merci en premier lieu à Azzedine Gaci pour ces deux articles complets et intéressants qui présentent et recentrent vers l’essentiel du sel de notre existence temporelle : la Miséricorde divine infinie.

En second lieu, compte tenu de la richesse des commentaires (et des internautes !) qui ont bordés la livraison de la première partie de l’article à travers le forum dédié, je voulais apporter une petite contribution ici en invitant les frères et les soeurs adeptes de symbolique sacrée à consulter les ouvrages du Cheikh Abdel Wahid Yahia (René Guénon 1886 Blois - 1951 Le Caire)- Rahimou Allah ; en particulier sur le sujet de la symbolique, vous pouvez consulter utilement deux ouvrages parmi les 27 qu’il a écrit, parus chez Gallimard NRF René Guénon, « Symboles de la science sacrée » et « Aperçus sur l’ésotérisme islamique et sur le Taoïsme ».

Notamment vous pourrez y découvrir que si vous ouvrez vos deux mains en les joignant à la manière musulmane pour faire des invocations (dou’as) exclusivement dirigées vers Allah ta’ala (Dieu le Très Haut), vous pouvez y lire dans la main gauche : le nombre 81 écrit en arabe au coeur de la paume (un grand accent circonflexe pour 8 suivi d’un trait vertical pour 1) et le nombre 18 au coeur de la pomme droite (mêmes caractères arabes, symétriques de la paume gauche). Or, 81 + 18 = 99 ; nous retrouvons les 99 attributs divins que nous invoquons globalement et symboliquement quand nous nous adressons à Allah Ta’ala dans nos dou’as. Soubhran Allahou ! (Gloire à Dieu !)

Salutations fraternelles,

Djamel Dabeldi

PS : juste deux petites remarques sur les post des internautes du forum partie 1/2 : a) évitez de parler de mystique quand vous citez des maîtres spirituels musulmans car il s’agit d’ésotérisme islamique (Tassawouff, basée sur la science du coeur et la doctrine traditionnelle islamique) et surtout pas de mysticisme (description des visions et charismes spécifiques à la tradition catholique, voire orthodoxe peut-être, chrétienne) b) parmi les traducteurs du sens vers le français du Saint Quo’an, il vaut mieux éviter de citer Chouraqui ; car en effet, au delà du sens intellectuel extrême (très alambiqué) qu’il a retenu pour Bismillahi Ar-Rahman Ar-Rahim, le tout matriarcant, le très matriciel - ou quelque chose du genre ... en lieu et place du sens généralement appliqué pour le Livre guide de l’humanité dont Allah Ta’ala précise à de nombreuses reprises Sa volonté de clarté de sens et de langage pour toucher le plus grand nombre, l’édition de Chouraqui proposait en outre sur la couverture la représentation d’un singe dans un angle de la couverture illustrée ... pour ceux qui connaissent un peu le Quo’an, l’allusion est en effet on ne peut plus claire ... à éviter absolument, donc. Les traductions de qualité sont facilement accessibles : Denise Masson (la Pléiade en 1 volume ou Folio Classique en 2 volumes) ou bien Muhammad Hamidullah (français-arabe) ou bien Si Hamza Boubakeur (un gros volume avec commentaires du Cheikh)ou bien encore pour les amoureux de la langue française érudite, la traduction de Jacques Berque chez Albin Michel - rahimoum Allah. Enfin, la traduction qui fait référence et limitée en notes de bas de pages succinctes : celle de l’Arabie Saoudite en bilingue basée sur la traduction initiale (excellente quand au sens et aux commentaires) du prof. M. Hamidoullah - rahimou Allah, et revue entièrement quand au style du français employé.

Par Soufiane - le 3 juillet 2008

merci Azzedine GACI pour ce beau texte inspiré plein de miséricorde ! j’ai entendu tout à l’heure à la télé que les premiers mots délivrés à la presse colombienne d’Ingrid Bétancourt qui a enfin été libérée ont été : "JE RENDS GRÂCE A DIEU"... que dire de plus ? Il faudrait être sourd et/ou aveugle pour ne pas voir la miséricorde divine à l’oeuvre chaque jour que Dieu fait... Cette femme si courageuse a certainement pu tenir dans la jungle colombienne dans des conditions de vie inhumaines grâce à sa grande foi en Dieu et en l’Homme... el hamdullilah ! j’espère que tous les otages de Colombie et d’ailleurs seront prochainement libérés comme Ingrid. Et on peut être otage de tant de choses...

salam aleykoum !

Soufiane

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