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Vendredi 21 Novembre 2008
Articles
De l’instrumentalisation de l’Islam comme arme de combat politique

mardi 16 octobre 2007 - par *René Naba

Au terme de dix ans d’exil, Benazir Bhutto, l’enfant chérie des Américains et artisan de l’arrivée au pouvoir des Taliban à Kaboul, rentre le 18 octobre au Pakistan en vue de participer à une bataille électorale destinée à renflouer un président, le general pervez Muscharraf, discrédité par la corruption et en butte à l’hostilité des islamistes.

La géostratégie tectonique impulsée par les attentats anti-américains du 11 septembre 2001 et la collusion frontale qui s’est ensuivie en Afghanistan et en Irak contre les deux plus importants foyers de percussion de la stratégie régionale de l’axe saoudo américain dans la sphère arabo musulmane a constitué un acte fondateur d’une nouvelle forme de subversion transnationale anti-occidentale tout autant qu’un acte de rupture avec l’ordre arabe ancien,

Mais cette stratégie cathartique entre d’anciens partenaires essentiels de l’époque de la guerre froide soviéto-américaine, -les islamistes de la mouvance saoudienne anti-soviétique et leur parrain américain- a surtout révélé la corrosivité de l’instrumentalisation abusive de la religion comme arme du combat politique, en même temps qu’elle mettait à nu la cécité politique américaine, la vulnérabilité de l’espace national des Etats-Unis, l’impéritie des dirigeants arabes, la vacuité intellectuelle de leurs élites et l’inanité d’un ravalement de façade d’édifices lézardés du système politique arabe tel qu’il a fonctionné depuis l’indépendance des pays arabes au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945).

L’incendie de la Mosquée d’Al-Aqsa, acte de naissance de l’islamisme politique.

L’incendie de la Mosquée d’« Al-Aqsa », survenue deux ans après la défaite arabe de juin 1967, dans un climat exacerbé par une ambiance de catastrophisme et d’humiliation, va servir de détonateur à la résurgence du sentiment religieux dans l’espace arabo-musulman avec pour inéluctable conséquence la marginalisation progressive du nationalisme arabe, le fer de lance de la revendication indépendantiste de la période post-coloniale qui a suivi la II me Guerre mondiale (1939-1945).

La mise à feu du Dôme de la Mosquée, le 21 Août 1969, a été d’emblée perçue comme le prélude à la judaïsation rampante du secteur arabe de la Ville Sainte de Jérusalem. Elle mettra en ébullition le monde arabe et musulman et favorisera leur jonction symbolique en donnant lieu à la tenue du premier sommet islamique contemporain, le 1er septembre 1969, à Rabat, sous l’égide des monarques arabes proaméricains, Fayçal d’Arabie et Hassan II du Maroc, épaulés en la circonstance par le Chah d’Iran Reza Pahlévi, et le Pakistan, le plus grand état islamique après l’Indonésie et une des grandes puissances militaires d’Asie.

A ce titre, l’incendie du troisième Haut Lieu Saint de l’Islam apparaît rétrospectivement comme l’acte de naissance de l’islamisme politique, une date fondatrice de l’histoire de la sphère arabo-musulmane, devenu au fil des jours un des défis majeurs de l’histoire contemporaine.

Au départ, cela devait être l’arme absolue, à double détente, à l’effet, d’une part, de marginaliser, puis de neutraliser le nationalisme arabe ainsi que son chef charismatique, Gamal Abdel Nasser, déstabilisé par la défaite de 1967, servir, d’autre part, de levier au combat anti-communiste, sous couvert de la lutte contre l’athéisme, au plus fort de la guerre froide soviéto-américaine.

Mais trente huit ans après sa mise en oeuvre à l’occasion de l’incendie d’Al-Aqsa, dont la commémoration est célébrée le 21 Août dans une indifférence quasi-générale qui frise l’oubli, l’islamisme politique, c’est à dire l’instrumentalisation de la religion musulmane en tant qu’arme de guerre contre les ennemis de l’Amérique et des pétromonarchies du Golfe, paraît, à en juger par son bilan, s’être retourné contre ses promoteurs, tel un magistral effet de boomerang.

Israël, puissance occupante, s’est empressé d’imputer la responsabilité de cet acte sacrilège à un illuminé, un australien de confession juive, Michael Rosen, diagnostiqué comme atteint de troubles mentaux.

Le même diagnostic sera porté, 24 ans plus tard, à l’encontre d’un autre illuminé, Baruch Goldstein, militant intégriste juif, auteur d’une fusillade contre la Mosquée d’Hébron, en 1994, faisant plusieurs dizaines de victimes. A croire que la démence est un argument commode pour s’exonérer de toute responsabilité et se dispenser de toute remise en cause de sa propre politique.

L’homme, Michael Rosen, son forfait accompli, est tombé depuis lors dans l’oubli, mais les conséquences de son acte se font sentir encore de nos jours, confirmant non seulement le rôle détonateur de Jérusalem, comme en témoigne la provocation d’Ariel Sharon sur l’esplanade de la Mosquée en septembre 2000 déclenchant la seconde Intifada palestinienne, mais également la prépondérance prise par l’équation islamique dans la radicalisation du conflit israélo-arabe.

Le Forum islamique de Rabat qui avait regroupé alors 35 pays devenus depuis 55, débouche sur une mutation sémantique qui masque un réel bouleversement géostratégique : Le mot d’ordre d’unité arabe, moteur de la revendication nationaliste pendant un quart de siècle, cède le pas à la solidarité islamique et, au niveau politique, Nasser, qui succombera un an plus tard de crise cardiaque, cède la prééminence au gardien des Lieux Saints de l’Islam, le Roi Faysal d’Arabie saoudite.

Sous couvert de solidarité islamique, un basculement s’opère. Le centre de gravité du Monde arabe se déplace vers le Golfe, des Républiques prosoviétiques vers les pétromonarchies proaméricaines, des zones de pénurie contestataires de la Méditerranée vers les zones de prospérité léthargique du Golfe désertique, accentuant les clivages et la rivalité entre les deux versants du monde arabe désormais dilué dans un ensemble plus vaste solidement encadré, face à Israël, par l’Islam asiatique, supérieur numériquement aux musulmans arabes et constitué des puissances militaires régionales musulmanes non arabes (Pakistan, Turquie, Iran).

La nomination d’un asiatique, le Tunku Abdul Rahman, ancien premier ministre de Malaisie, au poste de premier secrétaire général de la Conférence Islamique entérine cette évolution.

Alors qu’en Amérique Latine, les Etats-Unis combattaient avec fermeté le clergé se réclamant de la « théologie de libération », qu’ils accusaient d’infecter le Christianisme du marxisme, ils vont, sur le théâtre d’opération du Moyen-Orient, tourné résolument le dos à la stratégie adoptée sur le continent sud américain.

Sans craindre la contradiction, ils vont parrainer la montée en puissance de la Monarchie wahhabite, représentant la tendance la plus rigoriste de l’Islam sunnite, « l’interprétation la plus pauvre qu’ait jamais connue l’histoire théologique et doctrinale de l’Islam », selon l’expression de l’universitaire franco-tunisien Abdel Wahhab Meddeb, professeur de littérature comparée Islam Europe à l’Université Paris X-Nanterre .

Alors que 277 membres religieux ou laïcs se réclamant de la « théologie de Libération » tombaient sous les balles des militaires latino-américains encadrés par les instructeurs nord-américains, -faisant du martyrologue chrétien en Amérique latine l’un des plus élevés de l’époque contemporaine -, Washington propulsait sur la scène diplomatique internationale un des régimes les plus totalitaires du Monde sous couvert du combat contre le totalitarisme.

Sous couvert d’oecuménisme et de solidarité religieuse, le Forum islamique constituait en fait une structure politique d’obédience strictement américaine. Ainsi l’Inde, le plus grand pays musulman avec trois cent millions de fidèles soit autant que la totalité des pays arabes réunis, sera interdit d’accès pour cause de neutralisme, de même que pour cause de communisme, l’Union soviétique, dont la population des Républiques musulmanes d’Asie centrale dépassait largement celle de bon nombre de pays arabes, ainsi que la Chine qui n’était même pas reconnue à l’époque par les Etats-Unis.

En revanche, tous les anciens membres du CENTO (le pacte central) regroupant les grands pays musulmans non arabes (Pakistan, Iran, Turquie) étaient fortement présents, notamment la Turquie, officiellement laïque, mais qui servait de bouclier au flanc oriental de l’OTAN et qui poussera la complaisance jusqu’à dénier de surcroît à l’Algérie la qualité de « Guerre d’indépendance » qu’elle livrait contre la France et votera en ce sens à l’ONU.

Conclu en 1955 à Bagdad, à l’époque fief britannique, le Pacte de Bagdad ou le Pacte du CENTO assurait la jonction militaire entre l’OTAN (le front atlantique) à l’OTASE (le front pacifique. Il a été neutralisé lors de la destitution de la Monarchie irakienne en 1958. Le Forum islamique le réactivait indirectement avec l’entrée en force de tous ses anciens membres et la marginalisation progressive des tenants du Nationalisme arabe.

L’Iran impériale, gendarme du Golfe et principal ravitailleur énergétique d’Israël, le Pakistan, dont les pilotes assuraient la protection de l’espace aérien saoudien ainsi que l’Indonésie, dont le président Ahmad Suharto venait de noyer près d’un million de communistes dans un bain de sang d’une terrible répression, assistaient la Turquie dans sa fonction de gardien des intérêts occidentaux au sein du forum islamique.

Au sein de cette architecture, l’ordre américain et pétrolier, pensait-on alors, pouvait devoir régner sans partage, sans souci majeur, permettant à l’Amérique de concilier des intérêts contradictoires, qui déboucheront un quart de siècle plus tard sur un choc frontal : son ravitaillement énergétique à bas prix des pétromonarchies tout en conservant sa fonction de principal protecteur d’Israël, le principal ennemi des Arabes.

Trois évènements -l’éviction du Chah d’Iran et l’assaut la même année contre le sanctuaire de La Mecque par des opposants saoudiens en 1979 ainsi que le spectaculaire assassinat télévisé du président égyptien Anouar El-Sadate, le 6 octobre 1981, vont retentir comme des coups de semonce, galvanisant et amplifiant le combat islamiste, sans pour autant dissiper l’euphorie saoudo américaine.

Dans la foulée du sommet islamique et du premier choc pétrolier consécutif à la guerre d’octobre 1973, une période prodigieuse d’expansion politico-religieuse verra fleurir partout en Europe occidentale et les autres continents, souvent avec le consentement des pays d’accueil, des mosquées de rite wahhabite, culminant avec la troisième guerre israélo-arabe « la guerre du Ramadan » et la guerre d’Afghanistan (1980-1990).

Il était de bon ton à l’époque pour chaque pays européen d’avoir son « islamiste ». Soixante dirigeants islamistes résidaient alors en Europe occidentale dont quatorze disposant du statut de « réfugié politique » notamment Talaat Fouad Kassem (Danemark), ancien conjuré du complot anti-Sadate pour lequel il a été condamné à sept ans de prison, promu par la suite porte-parole du mouvement islamiste en Europe.

L’homme a dû mettre en veilleuse les activités de son bureau de Copenhague à la suite de l’attentat anti-Moubarak en 1995, de même que Aymane Al-Zawahri, bras droit d’Oussama Ben Laden, qui résidait à l’époque en Suisse en sa qualité de « commandeur des croyants des groupements islamistes en Europe », ainsi que ses deux plus proches collaborateurs Hani Al-Sibaï (Norvège), Adel Abdel Majid (Grande-Bretagne).

A cette époque, Londres était la capitale mondiale de l’Islam contestataire, puisqu’elle comptait parmi ses hôtes les principaux opposants islamistes tels le Tunisien Rachid Ghannouchi, le Soudanais Moubarak Fadel Al-Mahdi, le Pakistanais Attaf Hussein, Chef du parti d’opposition Muhajir Qawmi Movement (MQM) ainsi que l’Algérien Kamar Eddine Katbane, vice-président du comité du FIS (Front Islamique du Salut).

Depuis sa participation à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, le Royaume Uni, notamment Londres a été touché, à son tour, par un attentat faisant 50 morts le 7 juillet 2005, le jour de la tenue du Sommet du G8 sur son territoire, au lendemain de la décision du Comité Olympique Internationale de lui attribuer l’organisation des Jeux Olympiques de 2012.

Un prosélytisme tous azimut se met en route. C’est l’époque où la Ligue du Monde Islamique prend son envol et où l’Arabie saoudite, pour briser la prééminence égyptienne dans les affaires arabes, propulse « le Conseil de coopération du Golfe », sorte de « syndicat de défense des intérêts des émirs pétroliers du golfe proaméricain », selon l’expression en vigueur à l’époque au sein de l’opposition anti-monarchique.

Seront exclus de cette instance tant l’Irak que l’Iran pourtant d’importants pays pétroliers de surcroît riverains de la voie d’eau. Si le « Conseil de Coopération du Golfe » devient l’instrument de la diplomatie régionale de l’Arabie, la Ligue du Monde islamique sera l’instrument d’encadrement par excellence des communautés musulmanes de la diaspora.

Siégeant à La Mecque, dirigée statutairement par un saoudien, ayant la haute main sur la formation des Imams et des prédicateurs, l’attribution des bourses d’études, le développement des instruments de communication à vocation pédagogique (diffusion du Coran et de documents audio-visuels), elle supervisera aussi la mission du « Conseil Supérieur des Mosquées » qui lui est affilié et dont la tâche exclusive est la promotion des lieux de culte dans le monde.

En Europe, la Ligue disposera de représentations dans la plupart des métropoles (Londres, Bruxelles, Rome, Genève, Vienne, Copenhague, Lisbonne et Madrid). La pénétration des populations musulmanes se fera de manière stratégique par la multiplication des centres culturels et religieux et d’institutions spécialisées.

L‘Arabie Saoudite répartira ses principales institutions entre les grandes capitales européennes dans le souci d’impliquer le plus grand nombre des pays de l’Union à sa politique de sensibilisation islamique et de prévenir toute vacuité institutionnelle qui profiterait à ses rivaux.

Si le Conseil Continental des Mosquées d’Europe choisira Bruxelles pour siège, l’Académie Européenne de Jurisprudence Islamique sera basée à Londres. Ces deux instances seront doublées d’une organisation internationale “World Assembly of Muslim Youth” dont la vocation sera de faire contrepoint à l’organisation correspondante des “Frères Musulmans”, The “International Islamic Fédération of students Organization”.

L’existence de la Ligue du Monde Islamique traduisait alors le souci constant des dirigeants wahhabites de s’assurer la supervision de la gestion de la sphère spirituelle au sein du Monde Musulman. Véritable structure de diplomatie parallèle, la Ligue Islamique sera le précurseur et la matrice de l’Organisation de la Conférence Islamique, vaste rassemblement d’une cinquantaine de pays représentant près d’un milliard de personnes, devenu l’un des plus importants forums du Monde non occidental. Il n’était pas question à l’époque de « péril islamiste » ou de « chocs de civilisations », mais d’alliance contre l’athéisme anti-totalitaire sur fonds de recyclage de pétrodollars.

Pour répondre à la demande, au plus fort du Djihad Afghan, l’Arabie allouera une subvention annuelle de près de 750.000 (sept cent cinquante mille) dollars à l’Université islamique d’Islamabad dirigée à l’époque par un Recteur à sa dévotion lui permettant ainsi de superviser la production de la jurisprudence islamique de cette institution qui constituait avec le Centre Islamique de Lahore (Pakistan) l’une des plus fécondes sources de jurisprudence du monde musulman, loin devant l’Université égyptienne d’« Al Azhar ».

Le Royaume se dotera même en 1984 d’une imprimerie spéciale « le complexe du Roi Fahd pour l’impression du Livre sacré », éditant annuellement huit millions d’exemplaires dans les principales langues de la sphère musulmane (français, anglais, arabe, espagnol, haoussa, urdu, turc), se hissant au rang de principal pourvoyeur du Livre Saint dans le monde. Au total durant la décennie 1980, l’Arabie éditera cinquante trois (53) millions d’exemplaires du Coran offrant gracieusement trente six (36) millions d’exemplaires aux fidèles de 78 pays à l’occasion du Ramadan. Vingt six millions d’exemplaires ont été offerts aux fidèles des pays d’Asie, cinq millions pour l’Afrique, un million pour l’Europe, autant pour l’Australie et pour l’Amérique et le reliquat aux pèlerins à l’occasion du pèlerinage de La Mecque.

L’Arabie Saoudite qui a consacré durant la décennie 1980 près d’un milliard de dollars (10 milliards de FF au taux de l’époque) à l’entretien des lieux de culte, compte trente mille (30.000) mosquées, 90 Universités et Facultés théologiques, record mondial absolu par rapport à la densité de la population.

Durant cette même décennie, le Roi Fahd va également procéder à l’expansion des sites situés dans l’enceinte du périmètre sacré des lieux Saints de l’Islam, décuplant leur superficie et leur capacité d’accueil, respectivement de 730.000 fidèles pour La Mecque et 650.000 pour Médine, alors que simultanément l’effort se portait sur l’enseignement religieux à l’aide des deux grandes universités islamiques du Royaume : l’Université de l’Iman Mohamad Ben Saoud de Riyad qui a procédé à la formation de 23.000 étudiants d’une quarantaine de nationalités et l’Université Oum Al Qorah à La Mecque, (16.000 étudiants de 47 nationalités), se muant en autant de zélés propagateurs d’une conception saoudienne de l’Islam au sein de la communauté des pays musulmans.

Certes, l’usage par l’Arabie saoudite, le plus gros détenteur des réserves énergétiques du monde, de l’arme du pétrole, en appui aux Egyptiens et aux Syriens, dans leur combat pour la reconquête de leurs territoires occupés par Israël en 1967 a placé Fayçal au Zénith de la popularité et propulsé la monarchie wahhabite à la faveur de la manne pétrolière au rôle de référence spirituelle et économique du monde arabo-musulman.

Certes aussi, en Afghanistan, l’alliance saoudo américaine dans la guerre contre l’URSS, par combattants islamistes interposés (1980-1989), a précipité la chute de l’Empire soviétique et l’implosion du bloc communiste, entraînant un bouleversement en profondeur de la donne planétaire en faveur des deux grands dogmes de la diplomatie américaine, l’unilatéralisme et le libre accès aux ressources énergétiques.

Mais, à l’exception de ces deux faits d’armes, le bilan trente huit ans après le lancement de l’Islamisme politique apparaît toutefois globalement calamiteux pour ses promoteurs, comme si la dynamique initiée par les Saoudiens et les Américains avait échappé à ses tuteurs, les commandités se retournant contre leurs commanditaires dans un classique exercice d’apprenti sorcier.

Certes, l’Arabie saoudite et ses alliés monarchiques tireront profit, à tout le moins indirectement, de la neutralisation du Liban et de l’Algérie, les deux plates-formes territoriales des mouvements de libération du tiers monde dans les années 1960-70, qui imploseront dans la guerre civile dans le dernier quart du XX me siècle, le premier au Machreq (1975-1990), le second au Maghreb (1990).

Mais le triomphe de Faysal et de ses alliés aura été de courte durée. Le Monarque wahabite ne survivra pas longtemps à son rival égyptien. Cinq ans après Nasser, le Roi Faysal tombait sous le feu d’un de ses neveux, en mars 1975 dans un acte de vengeance relevant de la grande tradition de la vendetta des systèmes claniques.

Son collègue iranien, le Chah d’Iran, perdra, lui, son trône, quatre ans plus tard, en 1979, remplacé par des islamistes d’un genre nouveau, instaurant, sous la conduite de leur chef spirituel, l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny, une « République islamique », premier état ouvertement théocratique du monde, de surcroît, résolument anti-américain.

Leur compère égyptien, Anouar El-Sadate, qui représentait l’Egypte en tant que vice-président de Nasser au premier sommet islamique de Rabat, tombera, lui, deux ans plus tard sous les balles des islamistes égyptiens au cours d’un attentat hautement médiatisé, le jour anniversaire de la destruction de la ligne de défense israélienne sur le Canal de Suez, « la ligne Bar Lev ».

Quant au Maroc, durablement affligé par les conséquences désastreuses du règne calamiteux de Hassan II, il est désormais le principal foyer d’exportation des volontaires islamistes à destination de l’Europe occidentale, le plus gros pourvoyeur de drogue aussi vers cette destination, de l’ordre de douze milliards de dollars par an .

L’Afghanistan, libéré, coup sur coup, du joug communiste et de l’obscurantisme des wahhabites afghans, les Talibans, sert désormais de poste de commandement virtuel à la plus grande organisation clandestine islamiste trans-nationale aux ramifications planétaires, « Al-Qaîda », dirigée symboliquement par un ancien protégé des Saoudiens et des Américains, leur intermédiaire auprès des Taliban, Oussama Ben Laden, coexistant avec un pouvoir proaméricain exercé par Hamid Karzai sur une portion congrue du territoire.

L’Irak, fer de lance de la guerre contre l’Iran et sa « Révolution islamique », s’est transformé en principal champ de confrontation entre Islamistes et Américains, le principal champ de bataille contre l’hégémonie militaire américaine.

Saddam Hussein, son président d’alors, l’allié souterrain des Américains et des Saoudiens dans la guerre contre l’expansionnisme iranien, destitué par ses anciens mentors, a été pendu au terme d’une cérémonie odieusement macabre, terme ultime d’une mascarade de procès qui aura durablement terni la justice américaine et la Justice internationale.

Le Liban, destiné à devenir le cimetière du mouvement national palestinien à l’occasion de l’invasion israélienne de Beyrouth, en juin 1982, a brisé le mythe de l’invincibilité de l’armée israélienne, donnant naissance à la plus importante organisation religieuse politico-militaire libanaise, le Hezbollah, fer de lance du combat anti-israélien.

Forcé à se retirer du Liban sous les coups de butoir de ce mouvement chiite libanais, Israël, subit, de plein fouet, avec 960 victimes en quatre ans d’Intifada (2000-2004), les retombées de la flambée islamiste dont il avait favorisé la montée en puissance en vue de faire pièce à Yasser Arafat, le chef historique du mouvement national palestinien.

Un revers réitéré, en 2006, avec la guerre menée contre le Liban avec, pour la première fois dans l’histoire du conflit israélo-arabe, le bombardement balistique des agglomérations israéliennes du nord d’Israël, notamment de Haïfa. L’Arabie saoudite, enfin, profondément déstabilisée par des attentats meurtriers périodiques, révélant de nombreuses complicités au sein même des cercles du pouvoir monarchique, se pose désormais à son égard la question de la pérennité de la dynastie wahhabite.

L’Amérique, doublement victorieuse tant en Afghanistan (2001) qu’en Irak (2003), mais discréditée moralement par ses abus et ses mensonges sur les buts de guerre d’Irak, fait l’objet d’une détestation quasi-générale dans le monde arabo-musulman, en butte à une guérilla permanente et sanglante, qui suscite, même au sein des alliés occidentaux, une suspicion quant à l’efficacité de la politique de la première puissance planétaire.

Sur les débris du colonialisme français et anglais, l’Amérique, soutenant les indépendances du Maroc et de l’Algérie dans la foulée de l’ équipée de Suez, en 1956, a été accueillie en héros par les peuples arabes, mais, au mépris des leçons de l’histoire, elle a fondé son hégémonie sur une connivence avec les forces arabes les plus conservatrices et des alliances contre-nature avec les principaux ennemis du monde arabe, dilapidant son capital de sympathie par une politique erratique illustrée par le combat implacable qu’elle a menée contre le nationalisme arabe renaissant, faisant ainsi le lit de l’intégrisme islamique.

Une diplomatie de la canonnière et la négation des profondes aspirations des peuples autochtones, dans la plus pure tradition coloniale européenne, ont fini par générer une réplique matérialisée par l’usage de l’arme de la terreur dans un combat asymétrique développant à son paroxysme une culture de la mort avec pour objectif, tant à New York, qu’à Washington, qu’en Israël Palestine, qu’à Ryad, à Kaboul, Ankara, Casablanca, Madrid, Londres, Falloujah, Nadjaf, ou ailleurs, une déstructuration de l’adversaire à défaut de sa destruction.

La géostratégie tectonique impulsée par les attentats anti-américains du 11 septembre 2001 et la collusion frontale qui s’est ensuivie en Afghanistan et en Irak contre les deux plus importants foyers de percussion de la stratégie régionale de l’axe saoudo américain dans la sphère arabo musulmane a constitué un acte fondateur d’une nouvelle forme de subversion transnationale anti-occidentale tout autant qu’un acte de rupture avec l’ordre arabe ancien,

Le « Mardi Noir » américain- l’implosion de bombes humaines volantes contre les symboles économiques et militaires de la puissance américaine, le Pentagone à Washington et les tours jumelles du World Trade Center de New York- a modifié radicalement les formes du combat politico-militaire.

Cette première irruption brutale en temps de paix sur le territoire d’un état occidental de crimes de masses indifférents à la qualité sociopolitique des victimes (5) constitue la première illustration à l’échelle planétaire des guerres asymétriques de l’ère post-communiste.

Mais cette stratégie cathartique entre d’anciens partenaires essentiels de l’époque de la guerre froide soviéto-américaine, -les islamistes de la mouvance saoudienne anti-soviétique et leur parrain américain- a surtout révélé la corrosivité de l’instrumentalisation abusive de la religion comme arme du combat politique, en même temps qu’elle mettait à nu la cécité politique américaine, la vulnérabilité de l’espace national des Etats-Unis, l’impéritie des dirigeants arabes, la vacuité intellectuelle de leurs élites et l’inanité d’un ravalement de façade d’édifices lézardés du système politique arabe tel qu’il a fonctionné depuis l’indépendance des pays arabes au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945).

L’Amérique, embourbée en Afghanistan et en Irak, devrait songer à se reformer elle même, réformer sa conception du monde et son approche des relations internationales, parallèlement aux réformes qu’elle recommande au monde arabe. Au vu du bilan de la stratégie saoudo américaine, la réforme ne saurait être à sens unique. Tel pourrait être le principal enseignement d’une diplomatie à la cohérence problématique menée tout au long de ses trente huit dernières années, si préjudiciable à l’Amérique elle même autant qu’aux autres peuples jadis se considérant comme ses amis.

Notes :

1- « La période la plus noire de l’histoire des Arabes » par Abdel Wahhab Meddeb, in N°272 « l’Histoire » : « Les Arabes de La Mecque aux Banlieues de l’Islam ».

2- Le martyrologue chrétien en Amérique latine, de 1966 à 1992, s’élève à quatre évêques, 85 prêtres, 19 religieuses catholiques, 10 religieux non prêtres, 9 pasteurs et 150 laïcs membres du mouvement catholique et coopérants étrangers, tués pour motif politique, alors que plusieurs théologiens seront réduits au silence, notamment Hans Kung (Suisse) et le prêtre brésilien franciscain Leonardo Boff), in « Guerre froide et Eglise catholique en Amérique Latine » Editions du Cerf 1999-Charles Antoine.

3- Un membre de la confrérie saoudienne d’« Al-Ikhwane » Jouneib Al-Oteiba, soutiendra un siège de 18 jours dans les sous-sol et les étages supérieurs du sanctuaire de La Mecque avant d’être délogé par le GIGN (groupe d’intervention de la gendarmerie nationale) les troupes d’élite de la gendarmerie française, une intervention qui marquera la première présence chrétienne dans ce haut lieu saint de l’Islam et considéré à ce titre par le tenants d’un islam rigoriste comme une profanation.

4- Déclaration de M. Mohamad Ben Abdel Rahman Ben Salman, vice-ministre saoudien des biens religieux lors de la première guerre contre l’Irak à la revue saoudienne « AL-Majallah » N° 593, en date du 19-25 juin 1991.

5- Le Roi Fayçal a été assassiné par Fahd Ben Massaede, frère d‘un prince tué par la police saoudienne dix ans plus tôt, en 1965, lors d’une manifestation contre la mise en route du système audiovisuel dans le royaume.

6- Rapport du Drug Enforcement Administration (DEA) daté de 2002 cité dans « Comment la France a perdu l’Afrique » Antoine Glaser et Stephen Smith (Ed. Calmann-Lévy) Mai 2005-Paris.

7- Laurent Bonelli, chercheur en science politique à l’Université Paris X (Nanterre), in le Monde diplomatique N° Avril 2005 « Quand les services de renseignement construisent un nouvel ennemi ».

http://renenaba.blog.fr

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*René Naba

Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information.

Rene Naba est l’auteur des ouvrages suivants :

"La Libye, la révolution comme alibi" Editions du Cygne septembre 2008

« Liban : chroniques d’un pays en sursis » Editions du Cygne janvier 2008 , « Aux origines de la tragédie arabe » - Editions Bachari 2006. "Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français"- Harmattan 2002.

« Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan 2000). « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998).

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Vos réactions et commentaires sur cet article

28 mars 2008
kais a dit :
ma contribution n a jamais apparu vive la transparence
17 octobre 2007
Bilel a dit :
Oui monsieur NABA, je crois que l’Islam politique en tant que réalité vivante de l’espace arabo-musulman, historiquement, a depuis toujours existé, d’une façon plus ou moins récurente, plus ou moins évidente, selon les époques et les contextes, il atoujours été présent dans la cité au moment de sa splendeur, en participant à sa gestion, dans toutes les formes d’activisme réformiste par exemple, je considére , idéologiquement que l’IJTTIHAD fut une de ses expressions la plus fondamentale,aussi, il a toujours existé dans la clandestinité, dans l’ambition, parceque la répression féroce, sous le colonialisme ou acturellement sous les dictatures arabo-musulmane. Il a été/est sans consteste la force la plus structurée, historiquement, culturellement et intellectuellement dans notre espace, contre le néocolonialisme, leurs sicaires nos dictatures maisons et, bien entendu,radicalement contre l’islam réactionnaire des sectes comme le Wahabisme ou les Talibans, qui n’ont rien de politique, ni même de strictement religieux, dans le sens du respect et de l’originalité du message divin.Dans lalutte anticolonialiste, l’Islam politique, c’est évident , a fédéré différents courants qui tiennent du nationalisme ou des idéologies matérialiste, c’est pour cela que la notion d’Islam politique est assez complexe, et que nous devons être prudent dans l’utilisation des mots, dans sa morale et son ambition, je crois que, ce dernier est profondément "laîc" et républicain,j’affirme que le régime turc actuel et quelques autres sont plus proches de la république d’Athéne et son expression judéo-chrétienne, que des dictatures du golfe, et qu’en tant que tels, ils sont sont un véritable danger pour nos théocraties, et pour les interêts israélo-impérialiste.Merci encore pour vos judicieuses réfléxions.
17 octobre 2007
De-Qui-Se-Fout-On ? a dit :

Article intéressant mais une petite phrase me gêne :

« L’Amérique, doublement victorieuse tant en Afghanistan (2001) qu’en Irak (2003)... »

Mais vitorieuse de quoi au juste ? Du sable ? Du vent ? Ou encore de la pierre ? A combattre sans danger on triomphe sans gloire : les Américains avaient déja choisi leurs adversaires (un Afghanistan déstructuré et un Irak affaibli par dix ans d’embargo), c’était donc un combat truqué...

17 octobre 2007
Achraf a dit :
J’ai apprécié votre analyse. J’ai appris beaucoup de choses que j’ignorais. Ce fut passionant. Le monde arabe est complexe, il a traversé des périodes historiques qui ont été faites de turbulences et de manipulations que l’on a du mal à concevoir. Comme a dit De Gaulle, on ne vient pas dans cette région compliquée avec des idés simples.
17 octobre 2007
Omar Mazri a dit :

Habitué à vous lire avec plaisir et respect je me trouve désappointé par votre analyse semée d’embûches et de contre vérités sur un fond relativement crédible par sa qualité documentaire.

L’islam politique que vous dénoncez est une fiction de l’esprit des éradicateurs laïcisant. L’islam est un indivisible, il s’exprime dans la vie par la voie spirituelle, sociale, caritative, esthétique, économique, politique et djihadiste. Il est absurde pour un groupe musulman de venir sur une tribune et de dire je suis le représentant de l’islam politique ou ce que vous appeler l’islamisme. Le terme islamisme ou islam politique est étranger au "jargon" coranique et mohammadien. Ce terme est un vocable pour confiner les musulmans dans une sphère privée dans la mosquée ou dans l’exil du cœur et ainsi les culpabiliser. La gauche arabe en défaite dans l’opinion arabe ne peut que déverser sa haine contre son rival le parti musulman qui lui confisque le rôle d’avant garde au lieu de lutter contre les régimes inféodés à la colonisation qui ont fait de nos pays d’origine des tombes et dans les meilleures des cas des comptoirs commerciaux, des systèmes rentiers. Il y a une falsification et une injustice.

L’islam est le moteur de tout parti se réclamant de l’islam et il est absurde sur le plan de la logique et de la justice que le musulman ne puisse se définir que par rapport au marxisme passé à la trappe de l’histoire, à la modernité agonisante, au libéralisme arrogant. Il est injuste sur le plan moral et malhonnête sur le plan de la probité intellectuelle de nier au musulman le droit de se référer à ses références musulmanes et de favoriser leurs adversaires qui recourent à l’importation de références et d’idéologie. Le credo religieux ou idéologique est loin de surdéterminer – partout et en tout temps – les manières de penser, les jugements et les comportements des hommes. Les conditions socio économiques et les rapports socio politiques qui en découlent sont déterminants dans la gestion des contradictions sociales et politiques. Cette gestion peut être pacifique ou explosive, modérée ou radicale, positive ou négative, ouverture ou fermeture. L’Histoire a ses lois dont la dialectique pour s’imposer au delà des souhaits des individus et des communautés. Le musulman n’échappe pas à la loi de l’Histoire. Coller à l’islam ces étiquettes de terrorisme, d’intégrisme, d’islamisme sans les définir ou les remettre dans leur contexte historique et politique local et international c’est désinformer ou se laisser séduire par l’islamophobie en terre d’islam. F. Burgat ou Chomsky ont le mérite d’analyser le monde musulman avec une "rupture épistémologique" et cette rupture manque aux analystes arabes qui ont un discours toujours partisan : ce discours contre le monde musulman est devenu un classique qui est partagé entre islamistes à éradiquer et gouvernants suppôts de l’Amérique. Ghazi Hidouci, entre autres, à montré avec brio comment la libération inachevée produit des contradictions, des systèmes de rentes, des infantilismes politique. Heykel Hassan a montré avec archives à l’appui comment des valets sont devenus souverains et des états fabriqués par les anglais. La création du Kowet, du Liban, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite et de bien d ‘autres états relève davantage de la géostratégie que de l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques. La CIA a même inventé le titre de serviteur des lieux saints pour contrecarrer Nasser. La trahison des régimes arabes est le secret de Polichinelle. Le seul « islam » que l’Amérique, l’Angleterre et la France acceptent est un « islam » à la saoudienne : culte sans politique, culte sans économie de développement, culte sans résistance. Tout « islam » qui refuse cet ordre romain est à discréditer pour le rendre monstrueux.

Malek Benabi en Algérie et Nafissi au moyen Orient ont montré les mécanismes d’aliénation des élites arabes et musulmanes dans la stratégie de recomposition du monde musulman détenteur des ressources, de la force de travail et d’un catalyseur qui s’appelle l’islam. Ce n’est pas dans cet espace réduit que nous pouvons voir l’œuvre de l’intelligence anglaise à l’œuvre pour mettre en panne ce catalyseur et l’empêcher de faire jonction avec la spiritualité indienne et la philosophie confucéenne : création du Pakistan, séparation du Bengladesh, autonomisation de Singapour de la Malaisie. Les américains poussant l’Europe à la faillite ont hérité de l’empire colonial et ils continuent l’œuvre anglaise avec moins d’intelligence et plus de brutalité. Ils sont en train de réussir un beau coup à Dubaï car ils n’ont pas trouvé de résistance mais par contre ils sont en train de s’embourber en Irak, au Liban et bientôt en Iran. Il est injuste de mettre sur le même pied d’égalité le bourreau et sa victime. L’article de Burgat explique comment on fabrique un poseur de bombes, ceux de Chomsky explique comment on fabrique le terroriste car l’Amérique, l’ ex colonisateur et le rentier local ont cette capacité de conjuguer leurs efforts pour faire de tout opposant une menace pour lui déclarer la guerre et gérer l’après guerre à l’ avantage américain sinon au désavantage de l’islam l’ennemi en le laissant exsangue, arriéré. Cette expérience est celle entreprise au Vietnam (il n’y a pas d’islamiste) et en Irak. Quelque soit le crime, la tyrannie ou l’incompétence de Saddam il a laissé aux peuples musulmans opprimés l’image d’un homme qui est mort en professant l’attestation de foi et dont les enfants sont morts en martyrs contre l’occupant américain. Dans l’attente de l’Antéchrist les moustadhaghafine peuvent conjurer le sort en priant pour l’âme de Saddam ou prendre leur destin en main. Cette prise de destin n’est possible que par rupture avec « l’islam » travesti pour que le Coran et la Sunna de Mohamed soient l’argument décisif pour la libération et le progrès. Ceux qui ont participé à la guerre de libération de l’Afghanistan, trahis par le régime saoudien ne méritent - ils pas sur le plan de la vérité historique d’être considérés comme Hemingway et tant d’autres européens illustres ou anonymes qui ont participé à la guerre d’Espagne contre la dictature. Pourquoi ce traitement discriminatoire quand il s’agit de musulmans ?

Il s’agit en permanence de dénigrer toute tentative historique venant des musulmans pour que l’islam ne soit jamais vu comme une alternative globale et crédible à l’ordre mondial inique. Il faut qu’il soit caricaturé ou mis en opposition avec des valeurs de l’Occident « Islam et modernité », « Islam et laïcité », « Islam et démocratie », « Islam et Liberté ». La post modernité a mis en déroute les anciennes valeurs de l’Occident dont les chantres au lieu de proposer un projet civilisateur à visage humain fuient en cherchant un bouc émissaire. L’islam politique fait peur car il est une revendication à la liberté et un retour à la Chariâa. La Chariâa qui reprend sa place dans les cités musulmanes et dans la vie du musulman met fin à l’hégémonie de la pensée occidentale matérialiste sur la vie institutionnelle et culturelle des musulmans. Cette volonté d’atomiser l’islam et la pensée musulmane se retrouve dans tous les écrits et les discours de ceux qui n’ont jamais goûté à un instant de prosternation et qui nous saoulent avec l’islam racial ou ethnique : l’islam arabe, turque, algérien, français. Ils nous saoulent avec l’islam historique, l’islam du Prophète à Médine, à la Mecque, l’islam des rachiddines, des abassides, des fatimides, des andalous, des ottomans. Ils nous saoulent avec des épithètes qui n’ont ni existence dans le Coran ni dans la Sunna : islam radical, islam progressiste, islam conservateur, islam réformateur. Même la spiritualité dans l’islam n’est pas à l’abri de cette volonté de dénigrer et d’atomiser : islam rigoriste, islam spiritualiste, islam soufi, islam atemporel et islam profane. Bientôt on aura un islam sans Dieu et sans Mohamed puisque on a déja introduit l’islam bouddhiste en Europe et on a modifié les programmes d’enseignement des écoles coraniques ainsi que la collecte de l’aumône dans les pays musulmans sur injonction de l’Amérique. Les musulmans stupides qui se prêtent à ce jeu Haram et dangereux ou qui osent se déclarer chacun comme étant une secte du salut, le Messie attendu doivent prendre conscience que leur division est un mounkar, une abomination qui sert les intérêts des oppresseurs et le maintien des vestiges arabes du stalinisme qui n’ont produit que de la rhétorique verbale et de la misère morale et sociale. Que ces derniers fassent leur mea culpa et servent les intérêts de leurs peuples au-delà du clivage religieux ou idéologique qu’ils ont avec les musulmans engagés dans l’action politique.

Au lieu d’enfermer l’islam dans une « spécificité » parfaitement abusive et erronée et de réprouver ses valeurs religieuses et ses pratiques présentées de manière caricaturale, il faut avoir la probité intellectuelle et la sincérité spirituelle d’étudier l’islam a sa source et de comprendre que l’islam ne peut être expurgé de la politique ni du Jihad qui sont deux leviers de libération et de gouvernance inscrits comme devoir religieux pour chaque musulman jusqu’à la fin de temps. Le premier qui a restauré l’islam est Abraham et le dernier à le clôturer est Mohamed : "Dis certainement ma Prière, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort sont pour Dieu" La vie ontologique, sociale, politique et actantielle du musulman est ainsi et aucun discours ne changera rien. Mohamed n’a pas fait de la politique au sens politicien il a gouverné au sens noble et complet du terme. Si quelqu’un peut effacer l’encre du Coran ou le gommer de nos cœurs c’est impossible, 132 ans de colonisation de peuplement avec son code d’indigénat et son armée n’a pas pu lefaire. Les confréries qui ont été dénoncées relèvent davantage du maraboutisme et de la collaboration avec l’ennemi que du soufisme authentique. Le soufisme est l’amour de Dieu, Dieu aime les pauvres et les opprimés et qui veut aimer Dieu doit s’engager dans la contemplation une fois qu’il s’est acquitté de ses devoirs envers les hommes. La fatalité de la défaite enseignée par ces confréries et le paganisme cultuel ou spirituel ne sont que des hérésies.

Instrumentaliser l’islam à des fins politiques n’est pas nouveau et nul n’est parvenu à ses fins malgré les conjonctions des épreuves qui semblent accablés les musulmans. Moucharraf, Benazir et consorts sont ils des sunnites. Pourquoi chercher encore cette opposition alors que leurs comportements envers leurs peuples les présentent comme des pervers, des traitres, des marionnettes. Nous sommes dans un monde de manipulation, de subversion, de désinformation, de guerre psychologique. Nous avons tous la vocation de vivre dans ce monde tel qu’il est avec le devoir de nous parfaire et de tirer les enseignements. Le Prophète Choâïb a bien répondu à ses détracteurs : "je ne veux que la réforme (al islah) dans la limite de mes capacités" . Ce sont ces réformateurs, ces civilisateurs dont le monde a besoin et non des semeurs de discorde.

16 octobre 2007

Bonjour, Je n’ai pas lu tout l’article, car il me fallait aller travailler, la suite est pour ce soir. Le message de ce matin est pour vous faire part de ma joie en recevant mon couriel de Oumma.com, il y avait longtemps que je n’avais pas reçu. Je ne suis pas musulmane et non pratiquante, mais par vos articles j’ai beaucoup appris sur votre religion l’Islam. J’ai acheté un Coran et peu à peu je comprends mieux. Conficius disait : < Celui qui veut apprendre est bien près du savoir...> Ce que je fais lorsque je vous lis.

J’adore votre site et vos publications sur le net. J’espère que vous continuerez à m’envoyer de vos nouvelles. Gros merci à l’équipe

16 octobre 2007
sanébo de Dakar a dit :

M. Naba, votre analyse est très intéressante et fouillée.

Voici textuellemnt ce que vous soutenez "L’incendie de la Mosquée d’« Al-Aqsa », survenue deux ans après la défaite arabe de juin 1967, dans un climat exacerbé par une ambiance de catastrophisme et d’humiliation, va servir de détonateur à la résurgence du sentiment religieux dans l’espace arabo-musulman avec pour inéluctable conséquence la marginalisation progressive du nationalisme arabe, le fer de lance de la revendication indépendantiste de la période post-coloniale qui a suivi la II me Guerre mondiale (1939-1945)(...) A ce titre, l’incendie du troisième Haut Lieu Saint de l’Islam apparaît rétrospectivement comme l’acte de naissance de l’islamisme politique, une date fondatrice de l’histoire de la sphère arabo-musulmane, devenu au fil des jours un des défis majeurs de l’histoire contemporaine".

C’est clair donc que vous affirmez cela sans embages. L’islam ne s’est jamais séparer de la politique. La politique signifie simplement la gestion des affaires de la cité Déjà dans la cité-Etat de Médine, le prophète gérait la cité selon les principes de l’islam,législation avec les peines,économie (absence de riba... ou intérêt usuraire, affaires sociales (zakat, mariages, succession..), il faisait donc de la politique au sens noble. Et cela est étayé par des versets du Coran ou Dien dit "Ceux qui ne jugent pas selon la parole révélée d’Allah sont des mécréants, des injustes...) Ce n’est pas donc une invetion que de se référer ou de vouloir se référer aux préceptes de l’islam pour gouverner. L’islam édicte des principes et des valeurs fondamentaux pour une vie saine. C’est le combat de ceux qui luttent pour le retour de l’islam aux affaires. Le problème, c’est qu’on veuille "privatiser l’islam" et le confiner dans un espace où il va dépérir et servir de relique pour musée. De 622 à 1924 en Turquie, l’islam a gouverné plusieurs parties du monde et a permis la naissance et l’expansion de civilisations florissante et utile à l’Humanité. C’est vrai que tout n’est pas rose dans cette gouvernance. Et les tares, les insuffisances, les erruers sont à condamner et à corriger( y compris aujourd’hui en Iran et en Arabie Saoudite où tout n’est pas mauvais). Je suis un musulman sénégalais (votre analyse fait abstraction de l’Afrique noire subsaharienne, foyer dense de l’islam) et je sais que l’islam authentique mieux associé à la gestion des affaires publiques apporterait une valeur ajoutée extraordinaire eu égard à ses principes d’équité, de justice, de solidarité et de progrès. Les musulmans n’ont pas à rougir de leur religion et de ses ambitions

16 octobre 2007
D. Dabeldi a dit :

L’article de M. NABA, au-delà de l’impressionnante et remarquable synthèse historique des relations politiques et stratégiques orient-occident, me laisse un peu perplexe. En effet, l’idée principale sous jacente tenue de bout en bout est de dire en substance :

- que la politique Etatsunienne a toujours été pro-arabe

- que l’islamisme se définit comme la volonté fédératrice des nations musulmanes à faire doublement face aux velléités occidentales par ailleurs antagonistes (libéraux contre marxistes)

- que le Wahhabisme est une forme de totalitarisme et en même temps le vecteur le plus efficace de la fédération des nations musulmanes et du soutien mondial au développement de la tradition musulmane (au niveau de sa partie exotérique)

- enfin, que les attentats du 11/09 sont anti-américains et auraient été produits par des forces « islamistes » en contrepied parfait à l’évidence largement admise aujourd’hui que ces attentats ont été clairement l’instrument déclencheur et prétexte, voulu et planifié par une partie de l’administration américaine (Bush et les néoconservateurs pro-israélien) afin de déclencher la théorie néocoloniale de la domination impériale US par la force la plus brutale (destructions massives et totales de toutes les infrastructure sans distinction civiles et militaires) et immorale (guerre préventive prétextée par les mensonges et manipulations d’opinions les plus grossières qui soient) sur les théâtres Afghan et Irakien (en total échec sur le moyen terme), puis Libanais (en échec immédiat) avec pour effet direct une panne majeure dans la stratégie initiale qui remet à plus tard le rêve idéologique fou de la destruction programmée de la Syrie et de l’Iran ; en effet, la tactique actuelle est d’avancer sur la création d’un état palestinien pour mieux redorer une décrédibilisation totalement achevée auprès de toutes les populations et gouvernements du monde actuel dans une parfaite unanimité contre « l’empire » (la tactique éculée du “reculer pour mieux sauter”) ; mais qui pensent-ils duper encore désormais ?

Nous pensons pour notre part que si tout doit être mis en œuvre absolument pour stopper la machine de guerre néoconservatrice US et ses plans sinistres de domination / remodelage US du Grand Moyen orient, il ne faut pas être dupe pour autant et que les réparations doivent être exigées à la hauteur des destructions causées ; aussi bien sur le plan matériel que sur le plan de la souveraineté légitime et entière des peuples et gouvernements de la région. Il restera alors à établir la réparation morale au regard de l’ensemble de l’humanité d’orient et d’occident qui n’est pas gagnée d’avance. Et, enfin, obtenir le pardon et l’annihilation de tout sentiment de revanche des familles et descendants des centaines de milliers de victimes civiles afghanes, irakiennes et palestiniennes qui vivent encore dans la douleur et dont la mémoire restera très certainement très vive en matière de ressentis à l’égard de cette coalition barbare et immorale.

Ma dernière remarque portera sur le manichéisme entretenu qui consiste à toujours conserver une carte malsaine dans le jeu à l’encontre du régime Saoudien. En effet, la critique exacerbée du Wahhabisme est toujours présente : on abat cette carte commode quand on veut nuire au royaume saoudien et aux pétromonarchies du Golfe et on la “retient” quand on souhaite composer avec les mêmes aux gré des opportunités tactiques.

En effet, dans le monde occidental matérialisé à l’extrême, désacralisé et proprement devenu anticivilisationnel au regard de toute forme de spiritualité traditionnelle qui pourtant correspond au sens même de l’humanité véritable dans ses modalités de coexistence harmonieuse temporelle comme dans son cheminement vers ses fins dernières sur le plan spirituel, ce manichéisme pervers doit être dénoncé implacablement : c’est en effet celui qui prospère toujours à la faveur des représentations collectives anciennes toujours entretenues et prêtes à être réveiller en occident pour canaliser les foules et orienter la vindicte populaire en tant que caution pour justifier les pires abominations. Ces représentations collectives tenaces forment un ensemble détestable et archaïque qui s’est nourri à la faveur de manipulations à grande échelle depuis plusieurs siècles et qui n’a fait l’objet que de très pâles révisions ; de sorte qu’il subsiste toujours aujourd’hui dans les consciences occidentales du plus grand nombre : l’anathème contre l’Islam, la supercherie idéologique des Croisades, les fondements et les leurres inquisiteurs de la Reconquista espagnole, l’ambition colonialiste de domination européenne du monde 1492-1962, la survie économique des Etats-Unis par la domination financière imposée par la force et/ou les institutions internationales faussement régulatrices depuis 1929 ; enfin les présentes guerres “préventives” sans ennemi déclaré et justifié par le dernier avatar moderne et synthèse de toutes les supercheries passées : le concept du clash des civilisations.

C’est en effet par exemple au nom de ces représentations tenaces que l’on peut espérer prospérer dans les consciences occidentales à partir de l’idée incroyablement barbare que le bombardement massif des populations et des infrastructures civiles et militaires permettra de libérer les femmes des campagnes afghanes de leur burqa traditionnelle, les femmes iraniennes de leur tchador, les saoudiennes de leur niqab et toutes les femmes musulmanes du monde de leur voile “islamique” qui a pourtant le seul tort - concret et rationnel pour tous au delà des raisons religieuses qui sont par définition incompréhensible pour les non musulmans - de former un écran de pudeur insupportable aux yeux des voyeurs. : « je consomme, donc je suis » et “la liberté moderne est le produit de la négation de toutes les valeurs traditionnelles” semblent être devenu en effet les deux théorèmes de la “pensée” (sic !) occidentale moderne.

Fort heureusement, mieux vaut tard que jamais, toutes ces idéologies manipulatrices aux conséquences nauséabondes et mortifères commencent à atteindre leurs limites auprès de la plupart des habitants de notre monde actuel, aussi bien en occident et en orient, et n’en déplaise aux dirigeants velléitaires de pouvoir et de domination temporelle par tous les moyens.

Car, en effet et pourtant, de véritables dirigeants visionnaires et inspirés nous avaient mis en garde et montrer la voie. Ainsi, Charles de Gaulle par exemple avait prédit en substance : “Les deux rives de la méditerranée nous offrent un formidable défi et une complémentarité mutuelle et féconde : l’occident doit apporter sa technologie et l’orient nous aider à retrouver la spiritualité que nous avons perdue”.

Nous constatons que la tâche est encore loin d’être atteinte mais que le défi sera relevé, non pas par les dirigeants de nos nations, mais par les hommes et les femmes de toutes les rives géographiques et mentales du monde qui y œuvreront.

Je peux témoigner ici en tant que français d’origine algérienne depuis trois générations (mes enfants constituant la quatrième) et croyant pratiquant de confession musulmane (attaché à l’orthodoxie commune extérieure comme au cheminement personnel intérieur moutassawouf), impliqué dans l’efficacité économique comme dans la réflexion universitaire et l’action associative, que tout devient clair et possible dès lors que nous acceptons de quitter les représentations collectives qui nous ont été imposées pour chercher à respecter et à comprendre chez l’Autre ce qui nous échappe encore par définition. La valorisation de chacun conduit à la confiance en soi ; et la confiance en soi conduit au respect intangible de tous ; l’ensemble de notre parcours temporel devant être compris dans le sens d’une dynamique qui nous accompagne toute notre vie durant et non pas dans des postures statiques et rigides prises et conquises comme des acquis inamovibles.

Ainsi, posture économique libérale et sens social solidaire, modernité technologique et traditions civilisationnelles, pratique religieuse orthodoxe (extérieurement visible et pourquoi pas wahhabite !) comme la recherche et le dépassement/ édification personnelle par le sport ou l’art (ou même le farniente épicurien et insouciant !) et la réalisation spirituelle traditionnelle (soufisme ou spiritualité intérieure musulmane) : tout cela devient réintégrable harmonieusement dans un monde social humain fraternel des possibles et des choix qui forment et formeront notre cheminement personnel ; loin des clivages faussement dogmatiques dans lesquels on souhaite nous enfermer et nous voir batailler en nous éloignant toujours un peu plus de notre véritable humanité. La survie humaine dans nos sociétés culturelles de plus en plus complexes est à ce prix.

Salutations fraternelles wa Aïd moubarak,

Dabeldi

ps : si la rédaction d’oumma.com en est d’accord, je propose que mon commentaire puisse faire l’objet d’un article à part entière. Je propose le titre et l’accroche/chapeau suivant : « Avenir du monde : mode d’emploi. Entre modernité technologique temporelle et tradition civilisationnelle spirituelle, le chemin n’est étroit que pour ceux qui se complaisent dans leurs oeillères mentales. Il est large et accueillant pour tous ceux et celles qui chevauchent harmonieusement leur coeur et leur raison dans un même mouvement. »

16 octobre 2007
Vincenzo a dit :
Anlayse de haute tenue. L’islamisme (et non l’islam) constitue un frein au développement des pays arabes. L’islam doit être dégagé de toute exploitation politique. Une théologie dépolitisée débouchera sur une théologie libératrice en accord avec les exigences de la modernité. L’islam ne peut retrouver sa grandeur qu’ à ce prix. D’autant plus que l’on voit l’usage qui est fait de l’islamisme par ceux qui ont le projet d’asservir cette région pour s’emparer des richesses pétrolières.
16 octobre 2007
René Naba a dit :

Réponse à Bilel qui écrit : "Affirmer que l’Islam politique existe en tant que tel depuis le crime d’incendie de la mosquée AL AKSA, c’est un manque de rigueur auquel monsieur NABA ne nous a pas habitué."

Affirmer que j’ai soutenu cela relève d’un manque de rigueur auquel je ne suis pas habitué, sans doute l’effet d’une lecture hâtive. Croyez moi je consacre beaucoup de temps à collecter les données et à étayer mes propos par respect pour mes lecteurs.

J’ai textuellement dit que l’incendie à été un détonateur puisque le premier sommet islamique de l’époque contemporaine s’est tenue dans la foulée et que les sommets islamiques ont pris le pas sur les sommets de la ligue arabe. L’Arabie saoudite s’est massivement investie dans la Guerre d’Afghanistan pour combattre les Soviétiques athés, bien en Afghanistan, c’est à dire à des milliers de kms du principal champ de bataille de la confrontation israélo-arabe, la Palestine, sans tirtr le moindre coup de feu contre Israël, pourtant à cinq cents km à vol d’oiseau de la frontière saoudienne.

16 octobre 2007
Eratumi a dit :
Cet Islam Saoudien est tel que l’ a décrit Olivier Roy : "Sous la pression de la mondialisation a émergé un nouveau courant dans l’islam. il se limite à définir un système de normes de comportement. Il refuse ce qui est de l’ordre de la culture au profit d’une sorte d’islam-code, adaptable à toutes les situations, du désert afghan à l’université américaine. tout autant produit qu’acteur de la déculturation moderne, souvent quiétiste, il peut néanmoins créer un terreau favorable à des actions violentes.
16 octobre 2007
Thomas a dit :
Le monde arabe doit transformer l’économie quasi-rentière en une économie productive. Socialement en libérant la Société civile et les classes moyennes de la domination de l’Etat. Politiquement en passant de l’Etat autoritaire à des procédures démocratiques et par la séparation de l’Etat et de la Religion.
16 octobre 2007
Anonyme a dit :
De ce texte je comprends o combien il est necessaire d’organiser les intitutions religieuse avec une indépendance totale des politiques et des hommes d’état. Il est urgent d’enseigner dans nos mosquee et dans nos écoles théologiques ainsi qu’a nos famille la différence qui y a entre la religion et la politique.Je ne vois pas le mal. D’autant plus que c’est une nécessité face à tous ses abus qui se répetent. Nous devrons,ici en occident,et comme nous avons la chance d’etre les chefs de fil pour cet enorme travail de se mettre à l’oeuvre. En commençant,par exemple en france,à exiger au gouvernement de se metre à l’écart de l’organisation de culte musulman.Il n a pas à nous imposer un chef.ça ne le regarde pas ! Les membres du cfcm doivent élire en toute liberté leur président,à moin que le gouvernement soit anticonstitutionnel et antidémocratique et ça serait autre chose. Et si le gouvernement insiste sur son ingérence et bien il n’aura qu’à assumer des conséquences négatives à l’avenir.Parce que beaucoup de jeunes ,et ce sont eux qui font l’avenir, vont se détourner de cette association à 2 vitesses.En tout cas jusqu’à présent j’ai pas vu l’utilité de ce boonker administratif consulaire. Nos leaders associatifs(musulmans) doivent rester neutre publiquement quant à leur choix politique.
16 octobre 2007
Jalerat a dit :
Après ce constat accablant, que faire Monsieur Naba. Comment sortir de cette instrumentalisation de l’islam ? Y a-t-il une alternative ? Laquelle ? Est-elle crédible cette alternative si elle existe ? Bref vous aurez compris que mes questions reflètent un certain desespoir, car je ne vois pas comment on peut sortir de cette situation qui paraît réellement immobile.
16 octobre 2007
Andrepaul a dit :
Je rentre du Maroc où j’ai passé une semaine à Agadir en fin de ramadan. Certes il y a encore des progrès à faire, mais j’ai été agréablement surpris par la volonté de développement que l’on constate. Quant à la coexistence de religions différente, je n’ai pas constaté de difficulté particulière. N’étant pas musulman nous ne faisons pas le ramandan, mais il faut observer une certaine réserve pour ne pas gêner le jeûne. C’est dans la compréhension mutuelle que nous sortirons de cette invraissemblable crise que nous connaissons entre certains musulmans et le reste du monde. Bien à vous A.D
16 octobre 2007
Comprendi a dit :
Dans le Coran, il est dit qu’il n’y a "point de contrainte" dans l’Islam. La religion musulmane n’est en aucun cas le monopole de quiconque. Il est du devoir de chacun d’apprendre sa propre religion convenablement, comme il est de son devoir de la pratiquer autant qu’il le peut. Les extrémistes religieux se réfèrent à une interprétation complètement erronée des principes de l’islam, pour justifier des actes tout à fait arbitraires.
16 octobre 2007
spirituel a dit :
Une petite remarque par rapport à votre texte Monsieur Naba au sujet du Maroc notamment. On oublie souvent qu’au Maroc, l’offensive des wahabistes ne date pas d’aujourd’hui... Il suffit de lire le Kitab Al Istiqçaâ de l’historien Nassiri pour comprendre la guerre que livre ce mouvement pour détourner le pays de ses fondements culturels et religieux en s’attaquant plus particulièrement aux confréries. On y apprend qu’au début du 19ème siècle, il y avait eu des soulèvements populaires massifs contre l’incursion du wahabisme. De nombreux maîtres spirituels, comme Moulay Larbi Darkaoui, avaient conduit cette insurrection. C’est dire combien il est inadéquat de confondre, aujourd’hui, islamisme et confréries, extrémisme religieux et soufisme. Je crois qu’il est absolument indispensable à présent de clarifier les choses pour éviter l’amalgame.
16 octobre 2007
Ahmed a dit :
Je tiens à préciser que Le soufisme qui peut être un contre-poids à l’islamisme a été définitivement désigné par le wahabisme comme un ennemi juré qu’il fallait éradiquer. Les islamistes ont puisé dans ce réservoir idéologique la majeure partie de leurs thèses.
16 octobre 2007
Noblitor a dit :

Vous affirmez René Naba ceci :Certes, l’Arabie saoudite et ses alliés monarchiques tireront profit, à tout le moins indirectement, de la neutralisation du Liban et de l’Algérie, les deux plates-formes territoriales des mouvements de libération du tiers monde dans les années 1960-70, qui imploseront dans la guerre civile dans le dernier quart du XX me siècle, le premier au Machreq (1975-1990), le second au Maghreb (1990).

Pour ce qui est de l’Algérie, certes la politique de feu Boumédienne s’inscrivait dans un tiers-mondisme en conformité avec l’organisation des pays non-alignés, mais cette politique s’est pratiquement éteinte avec sa mort en 1978. Chadli instaurera durant son règne une rupture qui rapprochera l’Algérie du camp américain, en imitant parfois le régime séoudien, puisque c’est Chadli qui fera voté le plus acchaïque code la famille qu’ait pu avoir ce pays. La surenchère religieuse pour donner des gages aaux islamistes a débuté dès 1978. Ce n’est pas la guerre civile qui a fait implosé ce que vous appelez : la plates-forme territoriale des mouvements de libération du tiers monde qu’était entre autres l’Algérie, mais plutôt la mort de Houari Boumédienne en 1978.

16 octobre 2007
Bilel a dit :
Affirmer que l’Islam politique existe en tant que tel depuis le crime d’incendie de la mosquée AL AKSA, c’est un manque de rigueur auquel monsieur NABA ne nous a pas habitué.
16 octobre 2007
Kamel a dit :
Sans faire de catastrophisme et sans hurler avec les loups, l’influence des pays du Golf est également présente au sein d’une frange de l’islam en France aussi bien à travers ses financements qu’à travers son conservatisme religieux. L’idéologie des frères musulmans y est également influente.
16 octobre 2007
Olivier a dit :
Tous les états ou presque du monde arab eont instrumentalisé les islamistes. On peut en dire autant d’Israël, comme vous l’avez souligné René Naba. Mais l’islamisme semble désormais indéboulonable. Comment faire pour lutter contre l’islamisme en usant de méthodes démocratiques. De plus chaque pays à sa particularité et ses islamistes qui certes ont un terreau commun, mais apparaissent souvent différents dans leur approche du politique et de la tradition musulmane.
16 octobre 2007
Ventural a dit :
L’islamisme est une idéologie qui traduit le désaroi identitaire et idéologique des pays arabes. Il faut dire également que la gauche arabe est laminée et n’existe pratiquement plus. Les peuples arabes ont le choix entre l’islamisme version séoudien,ou des importations neo-libérale à laquelle des religieux veulent lui conférer une légitimité religieuse.
16 octobre 2007
révoltant a dit :

Pourquoi le réformisme musulman et même le fondamentalisme —qui n’est pas très éloigné du fondamentalisme anglo-saxon, d’El Afghani, Abdou, Kawakibi…— pourquoi ce mouvement a-t-il échoué, intellectuellement cela s’entend, à réformer l’Islam de l’intérieur ?

les musulmans on voulu faire une réforme de l’intérieur en faisant l’économie d’une autre voie qui était possible : le libéralisme politique moderne. Le mouvement réformiste n’est pas allé suffisamment loin dans la rupture. On a écrit très peu de choses, par exemple, sur l’Etat de droit, si l’on excepte quelques grands intellectuels égyptiens de la première moitié du XXème siècle, mais ils ont été très vite accusés d’être superficiels. Comment des intellectuels comme Farah Antone, Chebli Chemaïl, Taha Husseïn, Salam Moussa ont-ils été considérés comme des penseurs superficiels qui n’ont pas compris les enjeux de la modernité… ?

16 octobre 2007
Jaber a dit :
Il faut en effet en finir avec cette instrumentalisation de l’islam qui génère souvent des intolérances et des violences parfois nihilistes comme on le voit en Irak.
16 octobre 2007
avrol a dit :
Extrêmement intéressant de voir tout cela formulé aussi clairement. On arrive bien à la fin d’une époque et maintenant, que vont-ils bien pouvoir inventer pour éviter de payer les dettes accumulées ? Au final, je sais bien que c’est nous qui paierons, les pauvres des pays pauvres et les pauvres des pays riches, mais comment ?

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